A quoi veut-on réellement préparer les Français ?

22 Nov 2025Institutions, Justice et Sécurité, Politique, Société0 commentaires

(Entre discours d’alerte extérieure et aveuglement intérieur)

La récente intervention du chef d’État-major des armées, le général Fabien Mandon, a provoqué un choc politique et médiatique inhabituel. Lorsqu’un haut responsable militaire demande publiquement aux maires de préparer la population française à “perdre des enfants”, à “accepter des souffrances économiques” et à faire face à des conflits à venir dans les trois ou quatre prochaines années, ce n’est pas seulement un message technique : c’est un signal politique.

D’autant plus qu’un tel discours ne peut en aucun cas être délivré sans l’aval explicite du Président de la République, chef des armées.
Ce n’est donc pas une expression personnelle : c’est un message voulu.

1. Un discours alarmiste qui dépasse l’analyse militaire habituelle

Le général Mandon évoque une situation internationale qui “se dégrade” et appelle à une mobilisation morale de la nation.
Évidemment, la guerre en Ukraine constitue un point de tension réel. Mais la France n’est ni menacée directement ni exposée à court terme à un envahissement. Les forces russes sont engagées dans un conflit qui les absorbe largement, et aucun scénario réaliste ne laisse penser à une offensive russe sur l’Europe de l’Ouest dans les années proches, a fortiori contre la France.

Cet alarmisme soulève donc une question essentielle : quel est l’objectif politique du discours ?

2. Un Président qui gouverne désormais par la peur

Depuis plusieurs années, Emmanuel Macron adopte une stratégie de communication fondée sur la dramatisation, qu’il s’agisse :

  • de la crise sanitaire (“nous sommes en guerre” – répété six fois),
  • du climat,
  • ou désormais du risque de guerre conventionnelle.

Le chef d’État-major ne fait que s’inscrire dans cette continuité.

Il relaye, amplifie et crédibilise une parole présidentielle qui vise à :

  • Mobiliser l’opinion autour du chef dans un contexte de contestation intérieure.
  • Justifier un réarmement accéléré sans débat démocratique contradictoire.
  • Reprendre l’initiative politique en se posant en “protecteur indispensable”.

Ce registre de la peur est devenu un ressort central du macronisme lorsqu’il est en difficulté sur le terrain intérieur.

3. Une menace extérieure… mais des périls intérieurs beaucoup plus pressants

Sans minorer le conflit russo-ukrainien, il est essentiel de reconnaître la hiérarchie des menaces auxquelles la France est réellement confrontée dans les cinq prochaines années.

3.1. Les territoires communautarisés et l’emprise islamiste

Une partie du territoire national échappe désormais aux principes républicains :

  • Influence idéologique islamiste,
  • Normes religieuses imposées,
  • Refus d’assimilation,
  • Pression sociale contraignante,
  • Infiltration de réseaux transnationaux.

Ces zones, déjà qualifiées il y a vingt ans de “territoires perdus de la République”, sont aujourd’hui des territoires gagnés pour et par l’islamisme radical.

Elles constituent potentiellement :

  • des foyers d’embrasement,
  • des réservoirs de rébellion violente,
  • des points de vulnérabilité stratégique.

3.2. Le narcotrafic et le narcobanditisme

Parallèlement, la France affronte une explosion :

  • des règlements de comptes,
  • des trafics d’armes de guerre,
  • de la corruption institutionnelle,
  • et d’une économie parallèle puissante, structurée, armée, internationale.

Le narcotrafic n’est plus seulement une criminalité : c’est une industrie mafieuse qui achète la paix sociale, infiltre les administrations et transforme certains quartiers en zones quasi-autonomes.

3.3. Une menace intérieure supérieure à la menace militaire extérieure

Si un risque existe pour la France dans les années à venir, il est d’abord endogène.

Ce n’est ni un char russe, ni une division blindée, ni un conflit OTAN qui menace directement notre stabilité nationale.

C’est :

  • l’effondrement de l’autorité dans certains quartiers,
  • la montée des séparatismes,
  • la propulsion financière des réseaux de drogue,
  • la radicalisation de franges islamistes,
  • et l’incapacité de l’État à rétablir l’ordre.

4. Dès lors, pourquoi alerter sur la guerre extérieure plutôt que sur la guerre intérieure ?

Parce qu’il est politiquement plus confortable de désigner un ennemi extérieur que d’affronter les tabous intérieurs.

Agiter le spectre de la Russie :

  • unifie,
  • rassure,
  • Évite de nommer les fractures internes,
  • et déplace le débat vers un horizon lointain et consensuel.

Reconnaître les périls internes obligerait le gouvernement à :

  • admettre trente ans d’échec politique,
  • remettre en cause des dogmes idéologiques,
  • engager des actions qui pourraient provoquer des tensions immédiates.

5. L’usage des armées : où doivent-elles réellement être mobilisées ?

Contrairement à ce qui est suggéré dans le discours sur la guerre conventionnelle, les forces armées pourraient jouer un rôle décisif dans une restauration de l’ordre sur le territoire national :

  • sécurisation de zones incontrôlées,
  • appui logistique et opérationnel aux forces de police,
  • opérations ciblées contre réseaux armés,
  • stabilisation de quartiers en situation de rupture.

Ce serait un usage exceptionnel mais légitime, dans un cadre constitutionnel, si la situation atteignait un niveau critique.

Et soyons lucides : c’est dans ce type d’opération que des pertes humaines seraient malheureusement possibles, beaucoup plus que dans un improbable affrontement direct avec la Russie.

Conclusion : pour une doctrine de sécurité centrée sur la réalité française

La France n’a pas besoin d’être conditionnée psychologiquement à une guerre extérieure improbable.
Elle a besoin :

  • d’un réarmement, oui,
  • mais aussi d’un réarmement intérieur, moral, institutionnel et opérationnel.

La menace prioritaire n’est pas à 2 000 km de Paris :
elle est dans nos failles, nos renoncements, nos aveuglements.

Plutôt que de brandir un danger sacrificiel abstrait, l’État doit :

  1. Nommer clairement les menaces intérieures.
  2. Réinvestir les territoires gangrénés.
  3. Démanteler les économies criminelles.
  4. Assumer la mobilisation des moyens, y compris militaires, si nécessaire.
  5. Renouer avec une politique d’autorité, de cohésion, et de courage régalien.

C’est sur ce terrain, et non sur l’annonce d’un conflit contre la Russie, que se jouera réellement la sécurité de la France dans les années à venir.

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