Terreur islamiste, laxisme migratoire, deux poids deux mesures : ce que le silence protège
« Le vrai courage, c’est de regarder la vérité en face, et de la nommer. »
En ce vingt-cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, où l’Occident se recueille sur ses près de trois mille morts, nous avons, dans notre précédente analyse, nommé l’immigration de masse comme l’une des causes de notre déclassement. Il faut aujourd’hui aller au bout d’un fait que l’on préfère traiter par euphémisme : depuis un quart de siècle, une terreur porte un nom, une bannière et une idéologie politico-religieuse. Le taire n’a jamais sauvé une victime. Le voici, chiffres et dates à l’appui, et, en regard, ce que d’autres confessions, persécutées bien davantage, font de leur douleur.
Écartons d’emblée le procès que l’on nous fera. Nommer l’islamisme n’est pas accuser les musulmans. Distinguer un fanatisme d’une foi n’est pas confondre l’un avec l’autre : c’est même le contraire. Ceux qui, à la première date citée, dégainent le mot d’« islamophobe » ne défendent pas une religion : ils protègent une idéologie qui tue en son nom, et ils la protègent en interdisant qu’on la nomme. Nous refusons ce chantage. Les faits, les voici.
I. Le décompte que l’on n’ose plus tenir
Tout part d’un matin de septembre. Le 11 septembre 2001, deux avions précipités sur les tours de Manhattan tuent près de trois mille personnes au nom d’Al-Qaïda. Ce jour-là s’ouvre une séquence qui n’est pas close. Dresser la liste des attentats islamistes qui ont suivi, dans le monde, en Europe et en France, ce n’est pas noircir un tableau : c’est refuser l’amnésie organisée qui, d’un massacre à l’autre, nous fait « tourner la page » avant même d’avoir compté les morts.
Dans le monde
2001 : New York et Washington : attentats du 11 septembre, environ 2 977 morts (Al-Qaïda).
2002 : Bali (Indonésie) : 202 morts. Djerba (Tunisie) : 21 morts, dont des touristes.
2003 : Casablanca : 45 morts. Istanbul : synagogues et intérêts britanniques, une soixantaine de morts.
2008 : Bombay (Inde) : environ 166 morts (Lashkar-e-Taiba).
2013 : Nairobi (Kenya), centre commercial Westgate : environ 67 morts (Shebab).
2015 : Sousse et Bardo (Tunisie) : 60 morts au total, en majorité des touristes. Avion russe du Sinaï : 224 morts.
2017 : Mogadiscio (Somalie) : près de 500 morts, l’attentat le plus meurtrier de la décennie (Shebab).
2019 : Sri Lanka, dimanche de Pâques : environ 270 morts, églises et hôtels.
2024 : Moscou, Crocus City Hall : environ 145 morts (État islamique au Khorassan).
À quoi s’ajoutent, sans discontinuer, les massacres de Boko Haram au Nigeria et de l’État islamique en Irak et en Syrie, qui se comptent non en dizaines mais en milliers.
En Europe
2004 : Madrid, trains de banlieue : 191 morts.
2005 : Londres, transports en commun : 52 morts ; seconde tentative ratée le 21 juillet.
2014 : Bruxelles, Musée juif : 4 morts.
2016 : Bruxelles, aéroport et métro : 32 morts. Berlin, camion-bélier sur un marché de Noël : 12 morts.
2017 : Manchester Arena : 22 morts. Londres, London Bridge : 8 morts. Barcelone, les Ramblas : 16 morts. Stockholm, camion-bélier : 5 morts.
2019 : Utrecht (Pays-Bas), tramway : 4 morts.
2020 : Vienne (Autriche) : 4 morts.
2024 : Solingen (Allemagne), attaque au couteau : 3 morts.
En France
2012 : Toulouse et Montauban : Mohammed Merah abat trois militaires puis trois enfants et un enseignant devant une école juive. 7 morts.
2015 : Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher (janvier) : 17 morts. Puis le 13 novembre : Bataclan, terrasses, Stade de France : 130 morts, la nuit la plus meurtrière de notre histoire récente.
2016 : Magnanville : un couple de policiers assassiné à leur domicile, 2 morts. Nice, camion-bélier du 14 juillet : 86 morts. Saint-Étienne-du-Rouvray : le père Jacques Hamel, 85 ans, égorgé sur son autel en pleine messe.
2018 : Trèbes et Carcassonne : 4 morts, dont le colonel Arnaud Beltrame, qui prit la place d’un otage. Strasbourg, marché de Noël : 5 morts.
2019 : Paris, préfecture de police : un agent radicalisé tue quatre de ses collègues.
2020 : Conflans-Sainte-Honorine : Samuel Paty, professeur, décapité pour avoir enseigné la liberté d’expression. Basilique de Nice : 3 morts, égorgés dans l’église.
2023 : Arras : Dominique Bernard, professeur, tué au couteau par un ancien élève fiché. Paris, pont de Bir-Hakeim : un touriste tué, deux blessés.
Et l’on ne compte ici que ce qui a abouti. Les tentatives déjouées (Villejuif en 2015, le Thalys la même année, le commando de femmes de Notre-Dame en 2016) se comptent, elles, par dizaines. La Direction générale de la sécurité intérieure en revendique plus de soixante-dix contrariés depuis 2017. Le calme relatif que nous croyons vivre n’est pas la paix : c’est un travail de renseignement permanent contre une menace qui, elle, ne désarme pas.
II. « Et les autres religions ? » La question qu’il faut oser retourner
On nous opposera, rituellement, qu’il existe un terrorisme de toutes les religions. Regardons donc. Le reproche, honnêtement instruit, se retourne.
Il a existé et il existe des violences politiques à référence religieuse chez d’autres : l’extrémisme juif d’un Baruch Goldstein à Hébron en 1994 ou de l’assassin d’Yitzhak Rabin en 1995 ; le nationalisme bouddhiste birman qui persécute les Rohingyas ; le suprémacisme hindou qui, en Inde, brûle des églises et lynche des musulmans ; des groupes se réclamant du christianisme, telle l’Armée de résistance du Seigneur en Ouganda, ou l’attentat d’Oslo en 2011, revendiqué par un tueur se disant défenseur de l’Occident chrétien. Ces faits sont réels et nous ne les minorons pas.
Mais l’honnêteté commande de mesurer, et non d’égaliser par confort. Ces violences sont, pour l’essentiel, soit historiquement datées, soit géographiquement circonscrites, soit désavouées par les autorités religieuses concernées, soit, comme à Oslo, le fait d’un idéologue solitaire que nulle internationale n’arme ni ne finance. Rien, chez aucune de ces confessions aujourd’hui, n’équivaut à ce qui frappe l’Occident depuis 2001 : un réseau transnational, doté d’un projet politique explicite, revendiquant ses massacres, disposant de relais dans nos propres villes, et frappant sans discontinuer sur trois continents.
On ne demande pas d’inventer une équivalence là où les faits n’en établissent aucune. La lucidité n’est pas la haine ; l’égalitarisme de façade, lui, n’est qu’une manière polie de ne rien regarder.
Et puis il y a le nombre, ce juge que nul plaidoyer ne récuse. Que l’on compte. Selon la Fondation pour l’innovation politique, le monde est passé de 2 190 attentats islamistes recensés sur la période 1979-2000 à plus de 31 000 entre 2001 et 2021, pour un bilan de plus de 160 000 morts, un chiffre multiplié par vingt en une génération, frappant 76 pays sur tous les continents. Aucune autre confession ne produit un phénomène qui s’en approche, même de loin. En Occident même, l’Institut pour l’économie et la paix établit que la grande majorité des morts du terrorisme religieux des deux dernières décennies sont le fait de groupes se réclamant de l’islam politique. Mettre ces dizaines de milliers de morts sur le même plan que les actes, réels mais isolés, d’un Goldstein ou d’un Breivik, ce n’est pas de la mesure : c’est un refus de compter. Or refuser de compter les morts, c’est déjà les trahir une seconde fois.
III. Le laxisme fait système : la myriade des OQTF
Il faut ici remonter à la source. Ce terrorisme, cette délinquance, cette faillite de l’éloignement ne sont pas des phénomènes tombés du ciel : ils sont la part sombre d’un flux que la France ne maîtrise plus. Chaque année, le pays délivre de l’ordre de 336 000 premiers titres de séjour (336 700 en 2024 selon le ministère de l’Intérieur), et le stock de titres valides frôle désormais 4,5 millions, en hausse de 20 % depuis 2021. Or ce flux a un centre de gravité : les ressortissants du Maghreb sont, de très loin, les premiers bénéficiaires, avec plus d’un nouveau titre sur quatre ; à eux seuls, Algériens, Marocains et Tunisiens détiennent plus de 1,5 million de titres en cours de validité, et le Maghreb représente 35 % du stock total fin 2025. La religion n’est pas un champ que l’état civil enregistre, et nous ne la déduirons pas mécaniquement, mais nul n’ignore de quelle aire culturelle et religieuse relève massivement une immigration à ce point maghrébine et subsaharienne. C’est cette immigration-là, non maîtrisée dans son volume comme dans sa composition, qui alimente le réservoir où se recrutent ensuite les profils que l’État renonce à éloigner.
Car sur ce flux, l’État a perdu la main à l’autre bout de la chaîne : celui de la sortie. Nous l’avons déjà établi : sur quelque 140 000 OQTF prononcées, à peine une sur dix est suivie d’effet. Le reste demeure, et parmi ce reste, une part connue des services, déjà fichée, déjà condamnée.
Le lien n’est pas une vue de l’esprit. Il a un visage et des dates. Le 22 février 2025, à Mulhouse, un ressortissant algérien sous OQTF, que l’Algérie avait refusé de reprendre à plusieurs reprises, tue un homme et blesse des policiers au couteau : l’attaque est qualifiée de terroriste. L’assassin de Dominique Bernard, à Arras, était un Ingouche fiché S, issu d’une famille sous OQTF que la France n’avait pas éloignée. Le suspect mis en examen pour l’assassinat, à Lyon en septembre 2025, du réfugié chrétien irakien Ashur Sarnaya, égorgé à la machette dans son fauteuil roulant parce qu’il parlait de sa foi sur les réseaux, est un ressortissant algérien de 28 ans, mis en examen pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste ».
Ce ne sont pas des accidents isolés : ce sont les points visibles d’un continuum. L’Assemblée nationale a, par question écrite, demandé au ministère de l’Intérieur le décompte des crimes et délits commis en 2025 par des personnes sous OQTF. La réponse la plus troublante est l’aveu déjà donné pour les années précédentes : l’État déclare ne pas pouvoir croiser la donnée judiciaire et la donnée administrative. Ne pas pouvoir, ou ne pas vouloir ? Car les fichiers existent, et rien n’interdirait de les rapprocher si la volonté politique y était. Un pays qui, sur un sujet aussi lourd, s’arrange pour ne pas savoir, choisit son aveuglement, et un aveuglement choisi n’est plus une prudence : c’est une complicité avec sa propre défaillance.
Qui sont-ils ? Le portrait que les chiffres dessinent
On nous dira que « OQTF » est une catégorie administrative floue, mêlant le sans-papier inoffensif au criminel endurci. C’est vrai, et nous ne ferons pas l’amalgame. Mais cette catégorie a une structure, et la structure parle. En 2024, sur environ 140 000 OQTF prononcées, 47 535 visaient des ressortissants du Maghreb, soit 34 % du total, très au-dessus de la moyenne européenne (22 %). L’Algérie, à elle seule, concentre près de 44 % des OQTF maghrébines, loin devant le Maroc et la Tunisie. Dans les centres de rétention, le déséquilibre est plus net encore : la Cimade (que nul ne soupçonnera de complaisance envers nos thèses) recensait en 2024 plus de 5 000 Algériens, 1 900 Tunisiens et 1 700 Marocains retenus, très loin devant les 700 Roumains ou 450 Albanais suivants.
La religion des personnes n’est pas un champ que l’état civil français enregistre, et nous ne prétendrons pas la déduire mécaniquement d’une nationalité. Mais nul n’est tenu à la naïveté : quand une population sous obligation de partir est maghrébine et subsaharienne dans sa très large majorité, chacun sait de quelle aire culturelle et religieuse elle relève massivement. Le dire n’est pas un procès en sorcellerie ; c’est lire un tableau statistique.
Sur la dangerosité, soyons précis là où l’État ne l’est pas. Il serait faux d’écrire que « les OQTF sont dangereuses » : l’immense majorité ne commet aucun crime. Mais il serait tout aussi malhonnête de nier que les auteurs des faits les plus graves se recrutent, de façon récurrente, dans cette cohorte laissée en liberté : l’attaque terroriste de Mulhouse en février 2025 par un Algérien sous OQTF que son pays refusait de reprendre ; l’entourage de l’assassin de Dominique Bernard à Arras, famille sous OQTF non éloignée ; l’auteur présumé de l’assassinat d’Ashur Sarnaya à Lyon. Le scandale n’est pas que ces individus existent : c’est que l’État les avait identifiés, décidé de les éloigner, et ne l’a pas fait.
Le verrou consulaire, ou l’impuissance choisie
Car voici le nœud, et il est accablant. Si nous n’éloignons pas, ce n’est pas d’abord faute de décision : c’est faute de laissez-passer consulaires, ce document sans lequel aucun retour n’est possible et que le pays d’origine délivre ou refuse à sa guise. En 2023, 96 % des annulations d’éloignement s’expliquaient par ce seul refus. L’Algérie en a fait une arme diplomatique : sur une période récente, 31 laissez-passer délivrés pour plus de 7 700 OQTF, soit un taux d’exécution de 0,2 %. Et quand Alger consent enfin à en délivrer, l’administration française n’en exploite qu’une partie : sur 179 laissez-passer accordés, 90 utilisés. L’impuissance est partagée : refus de l’un, incurie de l’autre.
Nous savons expulser en quarante-huit heures une propagandiste étrangère jugée indésirable. Nous ne savons pas éloigner des individus fichés, condamnés, sous obligation de partir, que leur pays d’origine refuse de reprendre. Le même État est fort avec le faible et faible avec le fort.
Car voilà l’asymétrie qui déshonore. Quand une ressortissante d’une puissance étrangère est jugée gênante, la machine administrative se révèle prompte, efficace, expéditive. Quand il s’agit de la cohorte des étrangers dangereux sous OQTF, la même machine invoque les conventions, les recours, la non-coopération des pays d’origine, et se déclare impuissante. Cette impuissance est un choix. Elle se nomme réciprocité refusée, visas non conditionnés, aide au développement jamais suspendue. L’État n’est pas désarmé ; il renonce à se servir de ses armes.
IV. Le silence des institutions, et la responsabilité qu’il engage
Reste la question la plus délicate, et nous l’aborderons sans la dévoyer. Après chaque attentat revient la même antienne : « les musulmans de France condamnent ». Des instances le font, en effet : communiqués du culte, marches après l’assassinat de Samuel Paty, prises de position de recteurs. Il serait malhonnête de le nier, et nous ne le nions pas.
Le relevé exact des condamnations
Puisqu’on nous renvoie sans cesse à ces condamnations, produisons-les, pour qu’on en juge sur pièces plutôt que sur slogan :
- Janvier 2015 (Charlie Hebdo). Le CFCM condamne le jour même un « acte barbare » et « une attaque contre la démocratie et la liberté de presse ». Mais dès le 15 janvier, l’un de ses vice-présidents juge « inadmissible » que l’hebdomadaire persiste à caricaturer le prophète : la condamnation à peine posée, la réserve la reprend d’une main ce qu’elle avait donné de l’autre.
- Novembre 2015 (Bataclan). Le CFCM condamne « avec la plus grande vigueur ces attaques odieuses et abjectes » et appelle les fidèles à prier pour la France. Le rassemblement de musulmans souhaité devant la Grande Mosquée de Paris est finalement annulé.
- Octobre 2020 (Samuel Paty). Le recteur de la Grande Mosquée de Paris demande que le prêche du vendredi soit consacré à sa mémoire ; le Conseil des mosquées du Rhône dénonce une « folie meurtrière » ; une trentaine d’imams signent une tribune. Mais, dès le 30 octobre, un imam justifie publiquement l’assassinat en vidéo, preuve que la parole condamnatrice est loin de faire l’unanimité qu’on lui prête.
- Juillet 2020 (cathédrale de Nantes). Le CFCM exprime sa solidarité à la communauté catholique après l’incendie.
Voilà l’inventaire, et il est révélateur par sa maigreur même. Quelques communiqués nationaux, des tribunes locales, des gestes ponctuels : à l’échelle d’une communauté de plusieurs millions de personnes et d’une vague d’attentats qui aura duré une décennie, c’est peu. Et surtout, la question n’est pas seulement le nombre : elle est de savoir si ces paroles dérangent les prêcheurs qu’elles devraient nommer, si elles tarissent le vivier plutôt que d’éteindre l’incendie une fois les morts comptés. Trop souvent, la condamnation est rituelle, tardive, aussitôt tempérée par un « mais » sur les caricatures ou par le refus de « la responsabilité collective ». Elle éteint la polémique ; elle ne combat pas l’idéologie. Ce silence relatif n’est pas neutre : il laisse le champ libre à ceux qui, dans les mêmes quartiers, tiennent le discours inverse.
Nous ne dirons pas que se taire, c’est consentir : ce serait imputer à des millions de nos compatriotes une culpabilité collective que rien n’autorise, et faire précisément le tri par la religion que nous refusons de faire. Nous dirons autre chose, de plus juste et de plus dur : la responsabilité pèse sur ceux qui ont un mandat pour parler et se contentent de le faire à moitié. Les institutions qui prétendent représenter l’islam de France, les élus qui ménagent un électorat, les associations qui crient à l’islamophobie avant de crier au meurtre : ceux-là, oui, ont des comptes à rendre. Non pas la masse anonyme des croyants, mais ceux qui parlent en leur nom et couvrent, par leur tiédeur, ce qu’ils devraient combattre les premiers.
La complicité n’est pas dans la foi du grand nombre. Elle est dans la tiédeur calculée de ceux qui ont reçu mandat de parler et choisissent, chaque fois, d’en dire le moins possible.
Qui ne dit mot consent. La formule est de bon sens, et nous l’assumons. Car si cette communauté se sentait réellement menacée par la frange qui passe aux actes en son nom, elle se manifesterait plus nettement, et elle ferait elle-même le ménage. C’est ce que ferait toute communauté digne de ce nom. Quand on veut, on peut. On nous répondra qu’elle n’a ni clergé unifié ni instance dotée d’un pouvoir de police, mais une volonté claire, majoritaire et constante trouverait ses voies, comme d’autres l’ont trouvée avant elle. Le silence prolongé, lui, finit toujours par ressembler à un choix.
V. Une preuve par l’absence : les persécutés qui ne tuent pas
Il est une objection que l’on nous fera, et nous voulons y répondre par avance, car elle est le cœur du sujet. « Vous stigmatisez une religion. » Non. Nous constatons une asymétrie, et cette asymétrie se démontre par un contre-exemple qui, à lui seul, dissout le procès.
Il existe, dans le monde, une population massivement, systématiquement persécutée pour sa foi, et, n’ayons pas peur du mot que les chiffres autorisent, c’est objectivement le monde chrétien qui, à l’échelle de la planète, est aujourd’hui la population la plus persécutée en raison de sa religion. Ce n’est pas une conviction de croyant : c’est le constat d’organismes qui recensent, comptent et vérifient. Selon l’Index mondial de persécution, plus de 380 millions de chrétiens, un sur sept sur la planète, subissent des discriminations ou des violences fortes en raison de leur religion ; le chiffre atteint 388 millions dans l’édition 2026, un record depuis la création de l’index en 1993. En Corée du Nord ils n’ont pas le droit d’exister ; au Nigeria, sous les coups de Boko Haram et de l’État islamique, ils sont massacrés par milliers ; du Pakistan à la Somalie, de l’Iran au Soudan, ils sont emprisonnés, chassés, tués.
Or regardez ce qu’ils n’ont pas fait. Il n’existe pas d’« attentat chrétien » à Islamabad en riposte aux lois anti-blasphème. Pas de camion-bélier catholique sur une avenue de Téhéran. Pas de commando armé assyrien dans les rues de Mossoul. La communauté la plus persécutée de la planète ne répond pas à la terreur par la terreur. Elle enterre ses morts, elle prie, elle émigre, et l’un de ses fils, Ashur Sarnaya, réfugié d’un pays où l’État islamique l’avait déjà chassé, est venu mourir égorgé dans une rue de Lyon pour avoir parlé de sa foi.
Voici la réfutation par les faits de ceux qui nous traiteront d’islamophobes : la population la plus persécutée au monde pour sa religion ne produit pas de terrorisme religieux. Ce n’est donc pas la persécution qui fait le terroriste. C’est une idéologie précise, et c’est elle, non une foi, que nous nommons.
VI. Une conviction, et une exigence
Notre conviction est nette, et nous l’assumons sans détour.
La terreur islamiste n’est pas une fatalité importée qu’il faudrait subir avec résignation, ni un « problème de sécurité » que quelques caméras résoudraient. C’est le prolongement, sur notre sol, d’une idéologie politico-religieuse qui a un projet, des relais et des morts à son actif, et que deux renoncements français nourrissent : un laxisme migratoire qui laisse en liberté ceux qu’il faudrait éloigner, et un déni institutionnel qui interdit de nommer l’adversaire. L’inverser ne relève pas du confort intellectuel, mais de la survie civique. Nous portons trois mesures de rupture, et non de replâtrage :
- Un moratoire migratoire de trois ans. La fermeture, pour une durée de trois années pleines, de tous les canaux d’immigration non contraints par le droit international : travail, regroupement familial, admissions exceptionnelles. Non par hostilité, mais parce qu’on ne réforme pas un système en gardant le robinet grand ouvert : il faut d’abord arrêter le flux pour pouvoir enfin regarder ce qu’il a produit.
- Une évaluation objective pendant ces trois ans. Mettre ce répit à profit pour dresser, sans complaisance ni tabou, le bilan réel de décennies d’immigration : où en est l’assimilation (le mot est choisi, contre « intégration » qui se contente de juxtaposer et « inclusion » qui n’exige plus rien) ; quel est le taux de chômage et d’emploi des populations immigrées ; quel est leur rapport effectif aux lois, aux mœurs et aux valeurs de la République. Une nation a le droit, et le devoir, de savoir ce qu’elle est devenue avant de décider ce qu’elle veut redevenir.
- La suppression de la double nationalité. Mettre fin à une double allégeance distribuée sans contrepartie, qui a cessé d’être un lien pour devenir un bouclier juridique interdisant d’éloigner ceux qui sont aussi les nôtres. On ne peut être pleinement d’une nation en gardant un pied dans une autre : choisir la France, c’est la choisir.
À quoi s’ajoutent les mesures que réclame déjà l’urgence quotidienne :
- Exécution effective des éloignements : réciprocité assumée, visas conditionnés et aide au développement suspendue à l’égard des États qui refusent de reprendre leurs ressortissants sous OQTF.
- Rétention systématique de tout étranger en situation irrégulière fiché, condamné ou signalé comme dangereux, jusqu’à son éloignement effectif.
- Décompte public et annuel des infractions commises par des personnes sous OQTF : un État qui refuse de compter s’interdit d’agir.
- Fermeté sans faiblesse contre l’islamisme, et exigence, envers les institutions qui parlent au nom de l’islam de France, de condamnations claires, précoces et suivies d’actes.
- Fin de l’asymétrie : la même énergie mise à expulser un indésirable étranger doit s’appliquer à la cohorte, autrement dangereuse, que l’on laisse aujourd’hui dans nos rues.
VII. Le silence n’a jamais sauvé une vie
Nous refusons ce silence.
Nous avons compté les morts, de Manhattan à Arras, de Bali à Lyon. Nous avons regardé, en face, ce que d’autres confessions font de leur propre persécution, et ce contraste dit tout. Nous avons nommé les deux renoncements, migratoire et institutionnel, qui laissent le terreau prospérer.
Ce n’est ni de la haine, ni de la peur. C’est le contraire de la lâcheté. Et la lâcheté, elle, n’a jamais protégé personne : elle a seulement retardé l’échéance, en la rendant chaque fois plus lourde. Nous choisissons Péguy : voir ce que nous voyons, et le dire, surtout quand cela se compte en cercueils.
PS : cette analyse fait suite à notre étude « Voir ce que l’on voit ». On pourra consulter avec intérêt la part de notre programme Présidentiel 2027 consacrée à la sécurité et à l’immigration.
Sources
Bilans du terrorisme : sources publiques et judiciaires (parquet national antiterroriste, presse de référence). OQTF et éloignements : questions écrites à l’Assemblée nationale (2025-2026), ministère de l’Intérieur. Affaire Sarnaya : Le Figaro, AFP, mise en examen par le Pnat (2025). Persécution des chrétiens : Index mondial de persécution, Portes Ouvertes (éditions 2025 et 2026). Les qualifications terroristes retenues sont celles établies ou instruites par la justice ; les affaires en cours sont signalées comme telles.

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