Cinéma, argent public, stop ou encore ?

20 Nov 2025Culture et médias, Economie, Société0 commentaires

En 2023 / 2024 Vox Nostra a publié une série d’articles sur le thème « Impôts, mais où va l’argent ? ». 

L’épisode 4 portait sur la culture (juin 2023). Nous y ajoutons un chapitre aujourd’hui à la suite de la publication d’un rapport de l’Inspection Générale des Finance, « Revue de dépenses relative aux aides au cinéma », publié en septembre 2024 et passé relativement inaperçu.

Le principal objectif du rapport est d’évaluer l’efficacité et la pertinence des aides publiques versées à la filière cinématographique afin de proposer des pistes d’optimisation dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques.

En conséquence, à l’heure de la course à l’échalote parlementaire afin de remplir l’escarcelle de l’État, un coup de projecteur sur une potentielle source d’économie budgétaire n’est pas inutile.

L’exception culturelle française désigne un principe politique et juridique selon lequel les productions culturelles (films, musique, livres, etc.) ne doivent pas être traitées comme de simples marchandises soumises aux règles du libre-échange et bénéficient à ce titre de protection et, surtout, de soutiens publics.

Au cas particulier du soutien à la production cinématographique, cela se traduit notamment par des subventions, des taxes sur les billets pour financer le CNC (Centre national du cinéma, dont une des missions est le soutien à l’économie du cinéma), des quotas obligatoires de diffusion, des dépenses fiscales (crédits d’impôts). 

En 2023, au total, si l’on ajoute à ces différentes formes de soutien la dépense fiscale de 180 M€ associée au taux réduit de TVA sur les billets de cinéma, ce sont près d’1,2 milliards d’euros qui sont accordés ou réglementairement fléchés vers la filière du cinéma.

Ces aides publiques sont-elles rentables ou efficientes ? 

La réponse est sans appel : non.

L’IGF a examiné le nombre d’entrées réalisées par les films sortis entre 2015 et 2022, ayant reçu l’agrément de production (1 571 films) et ayant bénéficié d’aides publiques (1 486 sur les 1 571 films, soit 95 %). Le budget moyen pour chaque film étant d’environ 4,3 M€, 1 500 000 entrées étaient en moyenne nécessaires pour permettre au distributeur de recevoir un montant équivalent à son coût de fabrication grâce aux seules entrées réalisées

Or, dans l’échantillon examiné, 29 % des films financés réalisent moins de 20 000 entrées et ont mobilisé 161 M€ d’argent public, et deux tiers font moins de 200 000 entrées (correspondant à moins de 1,5 M€ de recettes « cinéma ») et ont mobilisé 688 M€ d’argent public.

Il est donc clair que la rentabilité des films comme des entreprises de la filière cinématographique pose d’autant plus question qu’elle apparaît de plus en plus dépendante des aides publiques.

Comment expliquer ce constat ? Les Français bouderaient – ils les salles de cinéma ? C’est tout le contraire puisque, en 2024, les spectateurs français représentent plus d’un tiers (181,3 millions d’entrées en salles) de la fréquentation totale dans l’Union Européenne (640 millions). De plus, la France affiche aussi la plus forte proportion d’entrées liées aux productions nationales : 44 % des spectateurs choisissent un film français.

 L’IGF apporte un début de réponse en pointant notamment la faiblesse voire l’absence de sélectivité des aides publiques, dont l’attribution ne comporte pas comme critère le marché c’est-à-dire le potentiel public.

Ajoutons que le rapport évoque une concentration des aides autour d’un nombre restreint de producteurs dits « indépendants », souvent adossés à des groupes puissants ou bénéficiant de mécanismes automatiques.

Il note enfin une forme d’entre-soi institutionnalisé, où les mêmes acteurs (producteurs, distributeurs, chaînes) captent une part importante des financements publics, parfois sans réelle prise de risque artistique ou économique. D’ailleurs, peu importe l’éventuel échec en salle, l’argent public couvre les pertes.

Pour ce petit monde nombriliste du milieu cinématographique, souvent moralisateur et donneur de leçons, l’objectif n’est pas de créer pour faire naître chez le spectateur mille et unes émotions, mais de profiter au maximum de l’argent public directement (subventions) ou indirectement (crédits d’impôts).

Comme nous l’avons fait en juin 2023 sur le sujet « culture » nous plaidons à nouveau pour la réduction voire suppression de la perfusion d’argent public.

De plus tout aide publique, quelle qu’en soit la forme ou l’objet, doit être attribuée sur la base de critères clairs et faire l’objet d’un contrôle a posteriori.

Pour conclure, rappelons que le grand cinéma français est d’essence populaire, il s’adresse au grand public lequel, d’ailleurs, ne s’y trompe pas.

Libre à ceux qui veulent produire un cinéma militant, moralisateur, élitiste voire abscons, de se lancer, mais avec leur argent.

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