L’enquête internationale TIMSS (1) 2023 donne à la France un score moyen de 484 points en mathématiques en CM1, contre 524 pour les 22 pays de l’Union européenne et 525 pour les pays de l’OCDE participant à l’enquête. La France se situe donc à environ 40 points sous ces deux moyennes.
Ce constat est confirmé par un rapport du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, publié le 31 août 2026, relevant une dégradation des performances françaises sur plusieurs décennies, notamment en mathématiques et en orthographe. Il souligne que les performances des élèves français sont particulièrement préoccupantes au primaire et identifie parmi les facteurs relevant du système éducatif la formation initiale et continue insuffisamment adaptée des enseignants.
En effet, il y a quelque chose de paradoxal dans l’histoire récente de l’Éducation nationale : alors que le niveau de diplôme exigé pour devenir enseignant n’a cessé de progresser, le niveau des élèves français s’est, lui, dégradé.
Dans les années 1960 et 1970, l’instituteur était formé, après le baccalauréat, dans une « école normale », spécifiquement consacrée à son futur métier. Il recevait une formation associant culture générale, enseignements disciplinaires, pédagogie et pratique de la classe.
Puis les écoles normales ont disparu. Les instituteurs sont devenus des professeurs des écoles, les IUFM (2) puis les Inspé (3) ont pris le relais, et le recrutement s’est progressivement déplacé vers l’université. Le niveau de diplôme exigé est passé de bac+3 à bac+5.
En passant d’une école normale qui formait directement un professionnel à un système universitaire où l’on élève le niveau de diplôme sans garantir nécessairement la maîtrise des savoirs fondamentaux et du métier, la France a peut-être confondu élévation du niveau de diplôme et élévation du niveau professionnel.
Enseigner en primaire est un métier spécifique, une spécialité. Un diplôme universitaire ne garantit pas nécessairement la maîtrise de tous les savoirs que doit transmettre un professeur des écoles.
Un master en histoire, psychologie, sociologie, littérature ou sciences de l’éducation ne garantit pas nécessairement une maîtrise suffisante du calcul, de la géométrie, de la grammaire ou de la didactique de la lecture, et encore moins le savoir transmettre.
Un enseignant du primaire doit être capable d’enseigner le français, les mathématiques, l’histoire, les sciences, la géographie, l’éducation physique, les arts… Mais parmi toutes ces disciplines, deux sont structurantes : la langue française et les mathématiques.
C’est en primaire que se construisent la lecture, l’écriture, l’orthographe, la compréhension des textes, la numération, le calcul, la résolution de problèmes et les premières formes de raisonnement mathématique.
Si ces apprentissages ne sont pas solidement acquis avant l’entrée au collège, les difficultés se cumulent ensuite.
Il faut donc réapprendre à former des enseignants du primaire.
La réforme de 2026 semble aller dans le bon sens : le concours externe de professeur des écoles est désormais accessible dès bac+3. Les lauréats suivent ensuite deux années de formation rémunérée en master, combinant enseignements disciplinaires, compétences professionnelles et mise en responsabilité progressive.
Tout dépendra cependant du contenu réel de ces deux années.
Si elles deviennent simplement deux années universitaires supplémentaires, le problème restera entier.
Si elles deviennent en revanche une véritable école professionnelle des enseignants du primaire, elles peuvent constituer une rupture salutaire.
Un professeur des écoles n’est pas un professeur de collège « en plus généraliste ». C’est un professionnel de la construction des apprentissages fondamentaux.
Le modèle pourrait être simple
- Licence → concours → deux années de formation professionnelle rémunérée → responsabilité progressive d’une classe → titularisation.
- La première exigence serait la maîtrise des fondamentaux. La seconde, la maîtrise de leur transmission.
- Cette formation pourrait être organisée autour de véritables écoles professionnelles du primaire, associant universités, Inspé et écoles d’application, avec des enseignants chevronnés intervenant directement auprès des futurs professeurs.
- Les stages devraient occuper une place importante, mais avec une responsabilité progressive : observer, prendre en charge quelques séquences, puis une partie de la classe, puis la classe entière sous tutorat.
- La formation continue devrait enfin être obligatoire et réellement consacrée aux difficultés rencontrées dans les apprentissages fondamentaux.
- Plus aucun recrutement contractuel dans les écoles primaires.
1-Trends in International Mathematics and Science Study: enquête internationale sur les acquis scolaires
2-Instituts Universitaires de Formation des Maîtres
3-Institut National Supérieur du Professorat

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