Vème République, esprit es-tu là ?

10 Juil 2024Culture et médias, Institutions, Justice et Sécurité, Société, Tous les thèmes0 commentaires

Les élections européennes du 9 juin dernier ont marqué ce que la plupart des observateurs ont considéré, à tort ou à raison, comme un échec du « camp présidentiel ». A la suite de quoi Emmanuel MACRON, à la surprise générale, a décidé de prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale, sans que cela se justifie de manière objective. 

En un temps record les partis de gauche, qui avaient brillé par leurs dissensions durant la campagne des européennes, se sont unis dans un « Nouveau Front Populaire (NFP) », les uns et les autres avalant des couleuvres plus ou moins grosses.

Pendant ce temps, comme d’habitude, les partis de droite ont montré leur incapacité à s’unir, malgré le souhait, confirmé de sondages en sondages, de leurs électeurs.

A l’issue du premier tour, le Rassemblement National (RN) et ses alliés Les Républicains d’Eric CIOTTI, avec 33,1% des suffrages exprimés, sont arrivés en tête dans 297 circonscriptions, dont 39 élus dès le 30 juin, et en seconde position dans 120 circonscriptions.

Sachant que la majorité absolue à l’Assemblée nationale s’établit à 289 sièges, il est clair qu’à l’issue du premier tour la RN et ses alliés étaient mis, par les électeurs, en situation de gouverner le pays.

C’était sans compter sur l’activisme des élus, lesquels sont beaucoup plus sensibles à leurs privilèges qu’à la volonté des électeurs. Immédiatement sous l’étendard élimé, mais néanmoins efficace, du « barrage républicain antifasciste », nous avons assisté au mariage éclair de la carpe et du lapin se traduisant par un record inédit de 221 désistements, qualifiés désormais de « républicains », sur 306 triangulaires, avec pour unique programme, empêcher le RN et ses alliés d’obtenir une majorité absolue au second tour. 

Alors qu’en février 2024, le premier ministre déclarait : « Moi, je considère que « l’arc républicain », c’est l’hémicycle », les candidats RN et alliés se voyaient désormais exclus dudit « arc républicain » (dont chacun a sa propre définition selon les circonstances).

En d’autres termes, des partis parfois aux antipodes les uns des autres, se sont entendus contre un parti donc contre une partie du peuple.

Et ce fut un succès puisque le RN, bien que réunissant à lui seul nettement plus de voix (8 745 081) que chacun des autres partis et même que la coalition NFP (7 005 512) (1), bien qu’étant, avec ses alliés, la première force politique du pays avec 37% des suffrages soit environ 10 millions de voix, ne semble obtenir, à la date de rédaction de cet article, que 143 sièges.

Cette manière de tordre les institutions ne ressemblerait-elle pas à un coup d’Etat légal ?

Nous sommes loin de l’esprit de la Vème République 

Déjà le 24 septembre 2000, la réforme sur le quinquennat a rendu le président dépendant des partis (voir l’article Vox Nostra « Législatives : retour de la démocratie ou crise des institutions ?)(2). Pour le Général de Gaulle, le président, ne devait dépendre d’aucun parti, tirant sa légitimité suffrage universel direct.(3)

La durée du mandat présidentiel de sept ans renforçait cette position en déconnectant le mandat présidentiel des élections législatives, ce qui avait, en outre, le mérite de donner à ces dernières un vrai sens démocratique puisqu’intervenant en cours de mandat présidentiel elles pouvaient avoir valeur de sanction, ce dont le Président se devait de tenir compte (démission et non cohabitation).

Ensuite, la Vème République, telle que voulue par le Général de Gaulle, repose sur un principe intangible : le « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » (article 2 de la Constitution).

Cela signifie notamment que face à une crise, c’est le peuple qui tranche et non les partis. Interrogé par Alain PEYREFITTE, le général de GAULLE (4) affirmait : « le pouvoir ne doit dépendre d’aucun parti, y compris celui qui se réclame de moi ». (5)

Il nourrissait une grande méfiance à l’égard des partis qu’il avait vu à l’œuvre sous la IVème République. Alain PEYREFFITTE rapporte une de ses phrases choc : « Les parlementaires ne sont tout de même pas souverains ! Ils l’ont cru longtemps, mais c’est fini ! Le temps des politichiens, c’est fini ! »

Dissolution, référendum, démission du Président suivi d’une réélection, sont autant de moyens de revenir vers le peuple. C’est ce que le général de GAULLE qualifiait « d’armes lourdes » pour « maîtriser les folies parlementaires ».

Or depuis presque 20 ans le peuple n’a pas été consulté par référendum. Ayant sans doute « mal voté » en 2005 (non à la constitution européenne), il a été jugé préférable par les élus de toutes tendances d’éviter de le consulter.

A la lumière de ce qui précède force est de constater que l’esprit de Vème République n’est plus et que nos politiques, loin d’avoir l’étoffe et la carrure des fondateurs de la Vème République, viennent de réussir, par le jeu des accords de partis, à recréer la IVème République au sein même de la Vème, cette dernière y survivra-t-elle ?

En attendant la suite, nous pouvons déjà tirer quelques conclusions de cette séquence.

  • La France est la grande perdante car nous entrons probablement dans un crise institutionnelle durable dont il eût été préférable de se passer compte tenu de la situation économique du pays.
  • Nous avons un problème de représentativité accentué par le jeu des désistements à échelle industrielle. A ce titre, nous soutenons la proposition de loi du sénateur Le Rudulier militant pour l’accès automatique au second tour des candidats remplissant les conditions nécessaires, ce qui, de facto, interdirait les désistements.
  • La classe politique vient de démontrer une totale absence de colonne vertébrale. Plutôt que de se battre sur ses convictions ou sur de sujets de fond, elle a préféré rouvrir ce que Lionel Jospin qualifiait en 2007 de théâtre antifasciste, reconnaissant que pour les socialistes le Front national ne présentait aucun danger : populiste certes mais rien de fasciste.
  • Si le RN a progressé ces dernières années, c’est davantage en raison de l’insécurité et de l’immigration que par un réel travail de terrain pour se faire connaître. Au cours de cette campagne législative, nous avons rencontré de nombreux concitoyens convaincus que le RN c’est la violence, des skinheads, du racisme, de l’homophobie. Interrogés sur son programme, aucun commentaire, ils ne le connaissaient pas !
  • Nous avons en France un problème d’absence de valeurs et d’inculture politique. Comment peut-on justifier de voter contre le RN et ses alliés LR au nom des « valeurs républicaines » en donnant sa voix à des partis qui les renient notamment par des propos antisémites ou des appels à la violence ?

Nous conclurons sur une évidence, la majorité des électeurs, quels que soient les motivations de ces derniers, a répondu à l’appel des partis de gauche et du centre pour faire barrage au RN, ce qu’il faut respecter démocratiquement.

L’avenir nous dira s’ils ont eu raison.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *