Qu’est-ce qu’un parti politique ?

30 Juil 2025Société, Institutions, Politique0 commentaires

La définition communément admise est celle-ci : une organisation qui rassemble des personnes partageant les mêmes idées, dont l’objectif est d’accéder au pouvoir pour imposer un programme ou à minima pour peser sur les décisions du gouvernement en place.


Analysons donc cette définition, à partir de la note adressée en 1940 au CNR [1] par la philosophe Simone WEIL, sur le thème de la suppression des partis politiques et à partir de son livre qui développe ce postulat, paru en 1950 et préfacé par Jacques JULIARD.


Simone WEIL a été de tous les combats de son époque pour soulager la condition humaine, jusqu’au sacrifice personnel. Pour elle, la philosophie ne se bornait pas seulement à expliquer le monde, mais surtout à le transformer.


La thèse qu’elle défend, c’est que les partis politiques portent en eux le germe du totalitarisme, expression qui paraît excessive, surtout dans le cadre de sociétés qui présentent les partis au contraire, comme des remparts au totalitarisme, garants du pluralisme et de la démocratie.


La situation est beaucoup plus complexe selon elle et se sont encore une fois les arguments d’une militante révolutionnaire, profondément révoltée contre les injustices et qui les combattait au quotidien, pas une femme d’appareil.


Deux moteurs font se mouvoir cette organisation politique.


Le premier : l’homogénéité des idées, tous les membres du parti partagent les mêmes idées et les mêmes valeurs.
Le second : la recherche du pouvoir, l’organisation a pour unique but d’accéder au pouvoir.


Un parti politique ne peut pas se contenter d’exister, il ne veut pas seulement inspirer, il veut peser sur les décisions et sur l’opinion publique. Un parti politique qui ne pèse pas est condamné à la disparition, c’est aujourd’hui moins vrai, puisque que grâce au patrimoine accumulé au fil du temps, il peut se passer de partisans et se maintenir à grand renfort de campagne médiatique dont le contenu est souvent orienté.


Ce ne sont donc pas les partis politiques qui posent problème, mais leur fonctionnement, la nature même des partis politiques est de porter ses idées au pouvoir, en exigeant de la part de ses membres une complète soumission.


Attardons-nous sur ses deux moteurs.
Le premier, l’homogénéité des idées : Il s’impose comme un partage sans faille, de la ligne du parti, d’où une complète impossibilité de pluralisme, c’est-à-dire l’expression et la cohabitation d’idées divergentes, alors même que l’on pourrait être en accord sur beaucoup d’idées du parti, mais pas sur toutes.


En effet, avoir des positions contradictoires, c’est créer de la division et donc affaiblir le parti. Il ne faut pas laisser s’installer la dissidence, pour éviter les scissions, la formation de clans qui risqueraient de provoquer la rupture de l’unité du parti.
Par conséquent, adhérer à un parti, c’est renoncer à exprimer des idées contradictoires, c’est renoncer à l’exercice de la raison critique, la critique risquant de fragiliser la stabilité du parti.


La question qui se pose, est la suivante : Comment exprimer une idée dans le cadre d’une appartenance politique ?
Se réclamer d’une tendance politique, c’est adhérer à des idées, même si elles sont mauvaises, tout simplement parce qu’elles font parties du corpus idéologiques du camp auquel on appartient.

C’est l’expression d’une pensée mécanique, qui oblige à sacrifier sa pensée au nom du consensus, en d’autres termes faire passer l’intérêt du parti, avant la vérité.

Alors que l’expression d’un désaccord peut être positive, voir même apporter un certain renouveau à la ligne d’un parti vieillissant. Malheureusement, force est de reconnaître que les idées divergentes ne sont pas perçues comme une avancée, mais comme une désobéissance et au pire comme le début d’une trahison.


La pensée du parti s’impose à la pensée de ses membres, un militant ne doit pas exprimer des idées, il doit être fidèle aux idées du parti.

Le dilemme du militant est d’ordre moral, choisir qui trahir : son parti ou sa pensée. La trahison est donc également en germe dans l’appartenance à un parti.

Renoncer à sa liberté de pensée, pour participer à la conduite des affaires publiques en appartenant à un parti politique, c’est se mentir à soi-même et donc pour éviter cet écueil, il faut supprimer les partis.
L’obligation de vérité et de justice, d’un candidat à la conduite des affaires publiques, vis à vis des citoyens, est une règle incontournable, mieux vaut déplaire en expliquant pourquoi l’on agit ainsi, plutôt que de mentir.


De ces trois mensonges, mentir au parti, mentir à soi-même et mentir au public, le premier est le moins préjudiciable.
Le parti représente donc un mal, ce n’est pas un club de réflexions ce qu’il était à l’origine, dont le but est de remettre les idées en cause, pour les faire évoluer. Pour être efficace, il doit faire taire les idées dissidentes, quand bien même elles seraient du côté de la vérité.


Les idées du parti, ne triomphent pas parce qu’elles sont vraies et justes, mais parce qu’elles sont fortes.

Le second moteur, la recherche du pouvoir.
Pour s’emparer du pouvoir, le parti doit donc être fort et influent, pour ce faire il doit voir le nombre de ses membres de plus en plus grossir, en s’assurant de leur adhésion pleine et entière, afin de pouvoir résister aux partis d’oppositions, qui représentent bien évidemment une menace pour son propre pouvoir.


Le but du parti politique n’est pas d’instaurer le bien commun, mais de croître pour conserver le pouvoir,
il s’affiche dès lors comme le camp du bien. Risquer de dire la vérité, c’est risquer de perdre des voix et donc mettre le parti en péril. Ce n’est pas non plus d’avoir raison, mais de tout mettre en œuvre pour convaincre qu’il a raison, un parti se construit sur de la croyance et sur l’exaltation des passions collectives. Pour ce faire il devra corrompre ses membres et se corrompre lui-même.


Selon PLATON, le camp du bien n’est pas la corruption, mais la vérité et la justice, le monde sensible est gouverné par des essences et le bien, est la plus haute de ses essences.
Toujours selon PLATON, le bien se décline sous trois formes, que sont la vérité, la justice et le beau.

La vérité s’appliquant à la pensée, la justice à la morale et le beau aux sens, composant ainsi les trois parties de l’âme, le sensible en bas, la morale au centre et la raison au sommet.
Ainsi s’oppose la morale des principes (le bien) et la morale des résultats (pouvoir et persuasion).


Les principes moraux doivent être le moteur des résultats, la vérité et la justice doivent être les fondements de la notion d’utilité publique, sans fondements l’utilité publique n’est rien.

La morale est au-dessus de l’intérêt, c’est le combat de SOCRATE attaché à la vérité, contre les sophistes qui privilégient le pouvoir.
Simone WEIL s’inspirant de PLATON et de SOCRATE, affirme que les partis politiques sont des organismes constitués de manière à tuer dans les âmes, le sens même de la vérité et de la justice.
ROUSSEAU le rappelle également en ces termes, dans une démocratie ce qui doit gouverner, c’est la volonté générale, mais ce n’est pas la volonté de la majorité, ce n’est pas la somme des intérêts particuliers.


La volonté générale, c’est la volonté du peuple qui ignore les intérêts particuliers, mais qui est uni par un intérêt commun, soit l’intérêt général.


Le suffrage majoritaire ce n’est pas de la démocratie, ce n’est pas le pouvoir du peuple, c’est le pouvoir de la raison du peuple, la raison c’est ce qui unit, alors que la passion c’est qui divise.


Tout simplement parce qu’au contraire de la raison, la passion n’est pas universelle, la passion est animée par l’ego et lorsqu’elle est collective, elle se détourne de la raison.


L’on ne donne la parole au peuple, que lorsqu’il s’agit d’exciter ses passions. Les partis ne sont pas là pour unir le peuple, mais pour le diviser en déchaînant ses passions ou en flattant ses intérêts, le parti ne représente que son électorat et pas l’intérêt général.
C’est pour cette raison que l’on peut affirmer, que les partis politiques sont des organismes qui fabrique de l’énergie collective, pour la convertir en pouvoir.


Les partis sont mauvais dans leur essence même, dans leur fonctionnement et dans leur but et bien évidemment par voie de conséquence dans leurs effets, d’où la nécessité de les supprimer.


Méditons sur ce vieux proverbe ̈ Tout ce qui est vrai, juste et beau est difficile et rare ̈. Soit Il est toujours plus confortable de se laisser conduire.

Fort de ce constat, comment remplacer les partis à l’issue de cette approche purement philosophique qui démontre que les partis sont des blocs hermétiques, qui s’inscrivent dans une logique de guerre pour conquérir le pouvoir et le conserver en faisant fi de la vérité et de la justice.


Peut-être en revenant aux clubs de pensées qui les ont précédés, en créant des mouvements citoyens qui s’autoorganisent. Il faut se poser la question de savoir si pour emporter l’adhésion sur un projet de société ou coordonner une action, il est nécessaire faire appel à un organe centralisateur.


L’on peut s’inspirer également de la charte d’Amiens en 1906, qui considérait déjà les partis comme des parasites et qui affirmait que le syndicalisme une fois affranchi de la tutelle des partis et de l’état, était seul capable de conduire la transformation sociale, allant vers la réappropriation de l’outil de travail.


Mais nombreux seront ceux qui diront, que le lieu de travail n’est pas le seul lieu de militantisme, pour s’opposer à l’anarcho-syndicalisme.


Enfin c’est volontairement que nous n’aborderons pas, le financement des partis politiques parfaitement inégalitaires, puisque favorisant uniquement des partis majoritaires avec la connivence de l’état et des intérêts privés.


C’est un non-sujet, puisque le parti politique est totalitaire par essence et doit donc disparaître, pour faire place à un mouvement citoyen qui prend en charge son destin et met en place de véritables organes de contrôle des pouvoirs, pour faire que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts privés.


Il ne faut jamais s’attacher aux oppresseurs, mais au système qui permet l’oppression (cf. la théorie d’Etienne CHOUARD sur une véritable alternative au système capitaliste en place).

[1] Conseil National de la Résistance

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