Le policier en tenue dans les années 70/80 se déplaçait dans les transports en commun sans être inquiété, sans être apostrophé, il était respecté. Le policier représentait l’ordre, les personnes qui le croisaient le savaient bien.
Nous sommes quelques membres de ce laboratoire d’idées à avoir sollicité la mémoire de notre ami Patrick LAZAUD qui était policier dans une autre vie, avant de prendre sa retraite et fonder avec nous Vox Nostra.
Nous lui avons proposé de nous faire part de ses impressions concernant ce laxisme politico-judiciaire que vivent au quotidien les citoyens de notre pays. Cet entretien a été réalisé avec d’autres membres des forces de l’ordre qui ont bien voulu y participer. Voici très simplement résumées quelques réflexions de bon sens émanant de ces policiers retraités.
Aujourd’hui il paraît inconcevable qu’un gendarme ou un policier puisse marcher seul dans la rue en tenue, que ce soit dans le métro ou dans un bus. Nos interlocuteurs précisent qu’il n’y a plus d’agent de police sur les carrefours pour régler la circulation.
Dans les années 70/80 un équipage (trois policiers) suffisait pour procéder à un contrôle dans un lieu public, comme un bar par exemple. En 2023 les refus d’obtempérer en France sont recensés toutes les vingt minutes (1). Cela n’existait pas auparavant, auparavant c’était avant 1981 ! Ce phénomène qui traduit à lui tout seul la dégradation de nos institutions ne s’est pas opérée en quelques mois, voire quelques années.
1981 a marqué le début de la fin de l’ordre dans notre pays, puisque les policiers recevaient des consignes leur conseillant de ne pas se rendre dans les quartiers sensibles afin de ne pas provoquer les délinquants en herbe. Comprendra qui voudra, il semblerait que quatre décennies plus loin la situation se soit quelque peu inversée. En effet les trafiquants de stupéfiants règnent dans les zones dites difficiles, où les patrouilles de police se font caillasser, insulter. Il n’est plus question de ne pas provoquer les voyous mais tout simplement de ne plus les déranger dans leur commerce. Même si l’affirmation semble exagérée, elle est réelle.
Nous entendons trop souvent les élus en charge de la justice et de la police, quelle que soit leur couleur politique, s’exprimer après un attentat terroriste, une agression par arme blanche (2) ou tout autre drame dont sont victimes des citoyens innocents. Le refrain est toujours le même, ils condamnent, ils promettent que tout sera mis en place pour que cela ne se reproduise plus. Ils sont les champions de la commémoration, mais ce n’est que littérature et verbiages de politiciens incapables de gérer les problèmes d’insécurité.
Lorsque les enquêteurs auditionnaient des mis en cause dans les affaires criminelles, après avoir évidemment travaillé de longs mois, de filatures en surveillances sur les emplois du temps des malfaiteurs, les preuves de culpabilité étaient difficilement contestables. A ce sujet, jusqu’en 1993 le magistrat qui instruisait le dossier décidait d’une « inculpation », terme utilisé logiquement dans la langue de Molière et pas d’une mise en examen dont la signification a été adopté pour minimiser l’impact psychologique envers les protagonistes, les avocats et les médias. Nous constatons quand même que le ministre de la Justice est un avocat !! Cela n’a pas semblé interpeller beaucoup de citoyens . . .
Tous ces policiers qui n’exercent plus aujourd’hui ne comprennent pas le sens de cette dégradation aussi importante qu’ils constatent, à savoir, leurs collègues en activité qui se font renverser volontairement par des criminels et délinquants sous l’emprise de stupéfiants et d’alcool ! Les voitures de police incendiées ! La décision des magistrats de remettre en liberté ces dangereux malfrats.
A l’unanimité ils commentent ces faits de société en évoquant bien sûr leurs propres expériences sur le terrain. Nous avons recueilli ces témoignages auprès de flics de terrain de tous grades confondus, pas de policiers de salons qui ont certainement conseillé, sans connaître le métier, d’anciens Présidents de la République. Pour preuve, sous la présidence de Monsieur Sarkozy la gravissime erreur d’avoir dissous les Renseignements Généraux (R.G) et la Direction de la Surveillance du territoire (D.S.T). Il s’agissait de deux directions d’élites avec des prérogatives et orientations professionnelles très différentes.
Parmi ces témoignages celui d’un officier de police qui a commencé sa carrière dans les CRS, il se souvient très bien que, pour effectuer les missions de quadrillage, c’est à dire les patrouilles dans les quartiers « difficiles » pour employer une expression à la mode ( Barbès à Paris, Les Minguettes à Vénissieux, Vaulx en Velin, quartiers nord de Marseille etc…), il leur était interdit de revêtir la tenue de maintien de l’ordre avec les Rangers car cela traumatisait les passants… Ils devaient donc effectuer les patrouilles avec pantalon, blouson, chemise, cravate, chaussures de ville et casquette, tenue très « pratique » pour les interventions très fréquentes dans ces quartiers. Il convient également de citer le fait que la couleur des véhicules CRS (entre le kaki et le vert armée) déplaisait fortement aux dirigeants de notre pays qui ont décidé que ces véhicules seraient désormais de couleur blanche, comme ça on les voyait de plus loin. Heureusement la couleur vient de rechanger dernièrement pour s’orienter vers le gris. Cela peut sembler être un détail mais ce n’en est pas un, bien au contraire car cela montre quel est l’état d’esprit de nos décideurs.
La gauche socialiste a tenu absolument à créer des écoles de Police dans des quartiers difficiles car ces doux rêveurs pensaient que la population de ces quartiers allait faire ami-ami avec les élèves policiers et que ces derniers se rendraient mieux compte de la difficulté de vivre dans ces quartiers.
Résultat : chaque jour une dizaine d’entre eux rataient les cours pour surveiller et protéger leurs véhicules personnels ainsi que ceux des formateurs qui, par manque de place, étaient stationnés dans la rue. Il faut dire que l’école était implantée à quelques dizaines de mètres de la cité la Paternelle (Marseille) et à deux cents mètres de la cité La Simiane, cités faisant régulièrement la une des journaux pour les règlements de compte qui s’y produisent. Les élèves policiers étaient logés dans un immeuble au cœur de la Cité Jean Jaurès (également dans le 14ème arrondissement de Marseille) non moins célèbre que les deux précédentes, et devaient monter également la garde la nuit auprès de leurs véhicules pour ne pas les retrouver à l’état de barbecue.
Toutes ces idées lumineuses s’inscrivent dans une conception très idéologique de la société, à des années lumières de la réalité.
N’oublions surtout pas le spécialiste du Karcher qui n’a jamais dû trouver le mode d’emploi de cet appareil mais qui a surtout réussi le tour de force de diminuer considérablement les effectifs de la Police et de la Gendarmerie, affaiblissant ces corps et participant au développement de l’insécurité. Cet ancien Président est considéré par la majorité des membres des forces de l’ordre comme le Fossoyeur de la Police.
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur tous ces élus qui ont participé à l’accroissement de l’insécurité par leurs décisions, leurs votes etc… Malheureusement, il ne leur sera jamais demandé de rendre des comptes….
On pourrait parler de ces sujets pendant des années, l’incompétence et l’aveuglement de ces gens-là sont un puits sans fond…
Et ça continue, la dernière réforme mise en place par le « ministre de l’intérieur démissionnaire » aboutit à détruire complètement la Police Judiciaire.
Un autre témoignage d’un collègue qui a effectué sa carrière dans les CRS :
« Depuis 1981 nos institutions se sont bien dégradées.
Il était plus difficile d’effectuer son travail plutôt que de ne rien faire.
Certains se sont accommodés de la deuxième version et ont réussi, grâce à des appuis, une brillante carrière sans remous, ce qui est devenu impossible à réaliser dans des conditions normales. La valeur professionnelle n’était plus prise en compte, seul le piston l’était avec l’appui des syndicats proche de la hiérarchie. Les syndicats très attachés à leurs prérogatives ont contribué à ce chamboulement. Ils ont une part de responsabilité dans tout ce qui se passe, mais ils doivent exister.
Autrefois la tenue vestimentaire d’un fonctionnaire de police sur la voie publique avait une importance capitale et souvent contrôlée par les gradés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Les policiers et gendarmes ont la lourde tâche d’intervenir au nom de la République. Ils le font et le feront coûte que coûte souvent au péril de leur vie, mettant aussi celle de leurs proches en danger.
Je me souviens que, lors des obsèques d’un motocycliste CRS décédé accidentellement, le représentant du ministère de l’Intérieur venu rendre les hommages au nom de la nation a confondu le nom du défunt. Que représente la vie d’un représentant de la loi pour ceux qui nous dirigent ?
Les représentants de la loi sont des hommes et des femmes comme les autres, ni plus ni moins. Il y a sûrement une cause à effet avec le recrutement mais ce n’est pas tout.
Les principaux fautifs sont ceux qui ont laissé se dégrader volontairement la situation dont nous héritons dans notre profession comme partout ailleurs.
Trop nombreux sont ceux qui font référence aujourd’hui au Général De Gaulle.
Hélas cette époque est dépassée et révolue.
Avant d’en terminer je voudrais mettre à l’honneur particulièrement les compagnes et les compagnons qui partagent la vie de tous nos représentants de la loi policiers ou gendarmes ainsi que leurs enfants et familles dont on ne parle jamais et qui sont aussi victimes par ricochet.
Le service social et l’accompagnement pour les cas les plus sensibles sont inexistants. »
Il est répété maintes et maintes fois, pour justifier une absence d’incarcération ou des libérations, et à juste titre, que les prisons sont pleines. Qu’à cela ne tienne, Mesdames et Messieurs les élus, mettez en place des programmes de constructions de prisons en évitant évidemment de mélanger les détenus. Cela ne doit pas être très compliqué, sauf bien entendu s’il ne s’agit pas pour vous d’une véritable priorité. Rappelons qu’Emmanuel Macron avait promis 15 000 nouvelles places de prison dont 7 000 livrées fin 2022. Seules 2 441 ont été livrées.
Il serait peut-être judicieux aussi de revoir la formation des magistrats et leur idéologie qui consiste, pour certains d’entre eux, à remettre des criminels et délinquants récidivistes en liberté. La fameuse harangue d’Oswald Baudot, texte fondateur du syndicat de la magistrature en 1968, développe une idéologie qui imprègne encore une partie de la magistrature : avoir un préjugé favorable pour le délinquant, l’emprisonnement est néfaste donc à éviter, savoir s’accommoder avec la loi (« La loi s’interprète. Elle dira ce que vous voulez qu’elle dise »).
Mais en presque 60 ans la société française a clairement changé notamment en ce qui concerne la délinquance et la violence. Quelle est la part du laxisme dans cette évolution ? Difficile à dire mais ce qui est certain c’est que la peur doit changer de camp.
Nous entendons souvent dire que la peur doit changer de camp pour que la sérénité et la sécurité soient à l’ordre du jour. Il suffirait de peu de choses, laisser travailler les policiers et les gendarmes sans les suspecter d’être des personnes violentes, comme se plaisent à le dire quelques représentants politiques de gauche. Arrêter de les mettre en cause et d’entretenir le doute à la suite d’interpellations qui malheureusement connaissent des fins tragiques.
Ce climat de suspicion récurrente entraîne un manque de vocations pour rejoindre les forces de l’ordre.
Le policier n’est pas là pour tuer ou faire le mal, sa mission est de protéger et faire respecter la loi. La loi émane des propositions de nos parlementaires. Ils n’ont pas souhaité s’exprimer sur ce sujet.
La peur changera de camp lorsque les coupables de crimes et délits seront punis sévèrement. La peur changera de camp lorsque les malfaiteurs seront incarcérés et pas les policiers qui mettent leur vie en danger pour assurer la sécurité des citoyens.
Notre laboratoire d’idées a publié quelques articles sur les élus, qui devraient faire l’objet d’une attention particulière avant de pouvoir exercer leur fonction.
Un nouveau texte sera prochainement publié pour faire le parallèle entre un dirigeant d’entreprise qui doit faire preuve de savoir-faire pour que son entreprise prospère, et un élu qui n’a pas à présenter de gages de compétences pour revêtir son nouveau costume bien souvent trop grand pour lui !
Texte rédigé avec la collaboration des officiers de police en retraite :
Patrick Montaleytang, ayant exercé en Police Judiciaire dans la région parisienne et à Marseille.
Jean Marc Blanc, Police Judiciaire de Lyon,
Patrick LAZAUD, R.G Paris, Police Judiciaire Marseille.
Jean Pierre Roux, CRS Marseille.
Richard Martinello, Sûreté Marseille
Bruno Camarasa, Sûreté Toulouse
1- France info 20 mars 2024
2-France info 3 mai 2024
3-(article du 30 juillet 2023, gardiens de la paix, entre le marteau et l’enclume) (article du 17 février 2023, errance de la justice, société en danger) (article du 5 septembre 2021 demain peut-être) (article du 23 juin 2021, autorité, respect et décadence) (article du 16 mai 2021, permis de récidiver) (article du 4 mai 2021, justice sous influence) (article du 26 avril 2021, Légitime défense, les victimes au banc des accusés ) (article du 1 er octobre 2020, Police).

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