Loi sur l’aide à mourir : une fin de vie digne ou une vie de trop, trop chère ?

19 Juin 2025Société, Institutions, Santé et Sciences0 commentaires

« Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, des exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées », déclarait Robert Badinter le 18 septembre 1981 devant l’Assemblée nationale lors de l’abolition de la peine de mort. 

François Mitterrand, qui avait fait de l’abolition une promesse de campagne, a déclaré que cette décision était une avancée pour les droits humains et la dignité. 

En effet, placer la vie humaine au-dessus de toute autre considération est un des marqueurs de la civilisation.

Mais que penser d’une société qui revendique le respect de la vie humaine tout en légiférant sur la possibilité de donner la mort qu’il s’agisse de l’enfant à naître, du vieillard diminué ou du patient souffrant ?

La loi de bioéthique du 2 août 2021 modifie les dispositions relatives à l’interruption médicale de grossesse (IMG) qui, à la différence de l’interruption volontaire précoce, peut être pratiquée à tout moment de la grossesse.

La loi constitutionnelle du 8 mars 2024 comporte un article unique, qui modifie l’article 34 de la Constitution pour y inscrire que « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ». 

Le 27 mai 2025 en adoptant la loi relative à l’aide à mourir, les députés ont fait entrer le droit de donner la mort dans le droit positif français.

Notre propos ici n’est pas de nier les drames individuels, ni de mépriser les aspirations à l’autonomie, à la dignité ni de remettre en cause le droit d’avorter mais de soumettre au lecteur des éléments de réflexion lui permettant de s’interroger sur la société qu’il souhaite 

En effet, constitutionnaliser l’interruption volontaire de grossesse et légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté n’a rien d’anodin, c’est un choix de société.

Ne sommes-nous pas devant une rupture anthropologique majeure, la protection inconditionnelle de la vie s’effaçant peu à peu devant une logique de sélection fondée, dans un premier temps sur la volonté individuelle, la qualité de vie ou l’acceptabilité sociale mais ensuite ?

La vie devient négociable, une sorte de variable d’ajustement soumise à des choix individuels aujourd’hui, et peut-être demain à des choix sociétaux ou économiques, au détriment des plus faibles.

Nul ne sera véritablement à l’abri de devenir, un jour, une vie de trop.

Une étude de FONDAPOL (1) publié en janvier 2025 précise que dans les pays où est légalisée « la mort provoquée », les rares analyses relatives au profil socio-économique des personnes optant pour cette solution démontrent qu’il s’agit très souvent d’individus isolés socialement ou psychologiquement, dépendants des aides sociales donc pauvres.

Tout aussi inquiétant, cette même étude indique que « l’exemple des pays étrangers nous montre que les critères légaux initialement prévus par le législateur s’effacent les uns après les autres. Aussi, dès lors que celui de la proximité de la fin de vie (décès prévisible à six mois) disparaît, il devient possible, comme au Québec, et même souhaitable de proposer aux patients atteints d’une pathologie grave, « le choix » de l’euthanasie dès l’annonce du diagnostic », en raison de considérations budgétaires.

En France, « les gains financiers apportés par une légalisation de l’euthanasie et/ou le suicide assisté ne sont donc pas neutres, loin de là. Potentiellement considérables, ils doivent être liés à la dépense publique pour les soins palliatifs (1,453 Md€ en 2021 et 1,6 Md€ en 2024) et aux crédits publics en faveur des soins palliatifs dans le plan décennal annoncé par le chef de l’État le 10 mars 2024, soit 100 millions d’euros par an, chiffre qui avait été inscrit dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale 2025 ».

Ajoutons les économies potentielles sur les dépenses de retraite, les dépenses pour les personnes handicapées et toutes les prestations susceptibles d’être allouées aux différents patients.

Les aspects économiques de l’aide à mourir ont également été analysés par l’IEP (2) . Nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance de ce document qui ouvre un autre champ de réflexion très éloigné des questions morales ou philosophiques. 

Il y est question des aspects économiques de l’aide à mourir, des études économiques sur le coût de la fin de vie, de l’intérêt non dissimulé des mutuelles santé pour une loi euthanasique, de la non-rentabilité des soins palliatifs pour les hôpitaux, d’une population vieillissante, d’un déficit record de la Sécurité sociale et d’un projet de loi qui arrive à point nommé.

Bref, de tout ce dont on n’a pas entendu parler au cours des débats sur le projet de loi relatif à l’aide à mourir.

Derrière le paravent de la liberté individuelle, le respect de la dignité et du choix de chacun, n’y aurait-il en réalité qu’une vulgaire mais non moins sensible question budgétaire ? 

Nous sommes en droit de nous poser la question.

Quoiqu’il en soit, en légalisant l’aide à mourir et le suicide assisté, par une loi aux contours plutôt flous et sans véritables garde-fous, plutôt que d’investir massivement et réellement dans les soins palliatifs, nous rejoignons un monde dans lequel la valeur de la vie humaine n’est plus inconditionnellement respectée mais fait l’objet d’une hiérarchisation implicite.

Faut-il s’en réjouir ou le déplorer ? A chacun de trancher.

1-Les non-dits économiques et sociaux du débat sur la fin de vie

2- Institut Ethique et Politique : Les aspects économiques de l’euthanasie (https://www.ethique-politique.fr)


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