L’alliance des droites oui mais sans le Rassemblement National

21 Juil 2025Institutions, Politique, Société1 commentaire

Dernièrement l’hebdomadaire Le Point a révélé, concernant les élections municipales de 2026, l’absence d’accord entre le RN et le parti de Marion Maréchal, Identité et Libertés (IDL), malgré le pacte scellé entre les deux formations lors des législatives de l’été 2024. Les proches de Marion Maréchal souhaitant se lancer dans l’aventure municipale devront emprunter le circuit interne du RN et se soumettre à sa Commission nationale d’investiture (CNI), à l’instar des membres du parti d’Éric Ciotti (UDR). 

Il semble que pour le RN alliance est synonyme de ralliement sous sa seule bannière.

Ce refus d’accord concerne, a priori, tous les partis de droite y compris (et surtout) Reconquête ou Debout La France.

Régulièrement, et particulièrement ces derniers mois, la question d’une alliance des droites revient dans le débat public d’autant que selon les sondages elle serait voulue par plus de 70% des électeurs de droite.

Au cœur de cette réflexion, la figure de Marine Le Pen, véritable « patronne » du RN, s’impose en raison, notamment, du poids électoral du parti lors des dernières élections.

Deux questions se posent : 

  • D’une part, la stratégie isolationniste assumée de Marine Le Pen obère -t- elle les chances de victoire électorale de la droite face à un bloc macroniste ou une gauche, sans états d’âme et plus soudée ?
  • D’autre part, les partis de droite doivent- ils obligatoirement passer sous les fourches caudines du RN pour accéder au pouvoir ?

Nous répondons par la négative aux deux questions.

Depuis 1985 (1) le Front National devenu RN participe, à son corps défendant, à ce que Lionel Jospin qualifiait de « théâtre antifasciste », lequel permet de mobiliser une partie de l’électorat. L’élection législative de 2024 a été un magnifique exemple du « tous contre le RN ».

Pourtant, malgré la diabolisation opportuniste du RN, le parti progresse, mais plus par défaut que par adhésion.

 En effet, de plus en plus de français sont inquiets et en colère (insécurité, immigration, pouvoir d’achat, perte de valeurs). Le seul parti qui leur parle c’est le RN face à une droite dite « républicaine » molle et inaudible, qui a reculé dans la France périphérique, un extrême- centre du « en même temps » et une gauche wokiste, multiculturaliste, adepte de la décroissance et d’une écologie punitive, lesquels parlent aux CSP+ des métropoles et aux « bobos écolos ».

Pour Christophe Guilly,(2) « le politique doit écouter et s’adapter à la demande, pas l’inverse ». La souplesse d’adaptation du RN à la demande expliquerait sa dynamique. 

Mais jusqu’où peut aller cette progression si on envisage que la position de refus d’alliance de Marine Le Pen n’est pas une simple posture de blocage, donc possiblement ponctuelle, mais traduit la volonté de ne pas se fondre dans une coalition hétérogène dans laquelle elle ne se reconnaît pas, afin de rassembler un électorat autour d’une ligne inédite souverainiste, sociale et nationale. 

D’ailleurs, Marine Le Pen répète régulièrement que son parti n’est ni de droite ni de gauche, ce que semblent confirmer les positions revendiquées sur le plan économique et social (rejet du libéralisme, défense de la protection sociale et des retraites, interventionnisme de l’Etat, défense des services publics).

La droite y compris Reconquête et IDL (avec de légères nuances) étant attachée notamment au libéralisme économique, à la baisse des impôts, au moindre interventionnisme étatique, à une incitation au travail, au recul de l’âge de la retraite, il est clair qu’au-delà des sujets sécurité et immigration les points d’entente en vue d’une plateforme commune avec le RN semblent inexistants et cela indépendamment de la position isolationniste de Marine Le Pen.

Maintenant, rappelons qu’une alliance ne signifie pas pour un parti la perte de son identité. Par exemple pour une élection législative, sauf à prendre l’option de ne pas présenter de liste, chacun conserve sa ligne idéologique au premier tour, puis au second tour, il s’agit de soutenir celui des partis de l’alliance qui arrive en tête en vue, par la suite, de pouvoir constituer une majorité de gouvernement. Cela suppose comme préalable d’avoir un socle commun reposant sur les points de convergence et susceptible de répondre aux attentes de la majorité des électeurs.

Christophe Guilly considère que la demande de la majorité ordinaire(3) repose sur quatre points cardinaux correspondants aux attentes : le travail et la réindustrialisation, la préservation de l’État providence et des services publics, la sécurité, et la régulation des flux migratoires. 

Dans un contexte d’endettement de la France et d’une économie au ralenti, impliquant des réformes drastiques, ce sera difficile mais pas impossible.

En conclusion, la droite des LR, l’UDR, Reconquête, Debout la France, IDL ont sans doute beaucoup plus de points de convergence qu’avec le RN pour s’entendre sur une plateforme commune. 

Mais cela implique d’oublier les égos, les vieux contentieux, les stratégies partisanes pour ne penser qu’à la France.

Mesdames et messieurs prenez de la hauteur, parlez-vous et mettez-vous au travail !

Un parti de droite est une formation politique qui, en règle générale, valorise :

  • L’ordre, la stabilité et la hiérarchie sociale
  • Le respect des traditions et des institutions
  • La liberté économique et l’initiative individuelle
  • Un rôle limité de l’État dans l’économie

1- Voir l’article VN de juillet 2024 : Le Rassemblement national : instrument utile du système ou mauvaise stratégie ?

 2-Métropolia et Périphéria, Un voyage extraordinaire, Ed. Flammarion

3- « Les villes petites et moyennes ainsi que la ruralité où vit la majorité des classes moyennes et populaires, celles qui ont subi la plus violemment les effets du modèle néolibéral globalisé. 


1 Commentaire

  1. Patrick Montaleytang

    Entièrement d’accord. S’il n’y a pas d’alliance, la machine à perdre est relancée et nous allons, une fois de plus, nous retrouver avec une alliance des partis de Gauche qui les rendra plus que compétitifs pour les prochaines élections, même s’ils savent par avance qu’ils vont par la suite s’entredéchirer. Quoiqu’on en dise, le proverbe « L’union fait la force » qui existe depuis la nuit des temps, a toujours fait ses preuves et continuera à les faire. La sagesse voudrait qu’une bonne discussion soit organisée entre les dirigeants des partis de vraie Droite et que chacun mette son ego de côté en faisant des concessions si besoin est, pour parvenir à un accord et une union. Je pense que la majorité des électeurs de Droite sont d’accord avec ce principe mais malheureusement, au vu de la nature humaine en général et plus particulièrement celle des dirigeants politiques qui sont pratiquement tous dotés d’un ego surdimensionné, j’ai bien peur que tout accord ou toute alliance ne soit que pure utopie. Pourtant il y a du pain sur la planche car, avant tout, la tâche primordiale pour redresser le pays serait, pour reprendre leur expression favorite, de tout faire pour construire un véritable « barrage sanitaire » contre tous ces partis (Gauche ou fausse Droite) qui, depuis plusieurs décennies ont complètement ruiné et détérioré notre pays.

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