La récente proposition du chef de l’État visant à instaurer un « label » des médias, élaboré par les professionnels de la presse eux-mêmes afin de lutter contre la prolifération des fake news sur les réseaux sociaux, a immédiatement suscité une vive controverse. À droite notamment, cette initiative est dénoncée comme une dérive inquiétante : celle d’une police de la pensée déguisée, sous couvert de bonnes intentions démocratiques.
Cette polémique n’est pas un accident. Dans les cercles politiques et médiatiques, nombreux sont ceux qui se souviennent que la labellisation de l’information, autrement dit une forme de contrôle normatif des contenus, constitue une idée ancienne et récurrente chez Emmanuel Macron. Dès janvier 2018, le président évoquait déjà la mise en place d’une « forme de certification des organes de presse respectant la déontologie du métier ». L’année suivante, un rapport remis au gouvernement par Emmanuel Hoog, ancien directeur de l’AFP, allait dans le même sens, en préconisant la création d’un « Conseil déontologique de la presse », censé émaner de professionnels volontaires.
Sur le papier, l’argument paraît vertueux. Dans les faits, il soulève des interrogations majeures.
Le président de la République cite régulièrement en exemple la Journalism Trust Initiative (JTI), un dispositif de certification développé par Reporters sans frontières (RSF), déjà adopté par certains grands médias français, France Télévisions, Radio France, ou encore le groupe Ebra, qui fédère plusieurs titres régionaux. Cette référence se veut rassurante : une ONG reconnue, une démarche volontaire, une éthique professionnelle partagée.
Mais le calendrier rend cette référence particulièrement maladroite. RSF vient en effet d’être désavouée par l’Arcom dans sa tentative de démontrer les manquements déontologiques et la supposée partialité de CNews. Ce revers pose une question centrale et dérangeante : celle de l’impartialité réelle de RSF, et plus largement de sa légitimité à distribuer des certificats de « bonne conduite déontologique ».
Car derrière la labellisation se cache toujours la même interrogation fondamentale : qui attribue les bons et les mauvais points ?
Qui contrôle le contrôleur ?
Et, inévitablement, qui contrôle le contrôleur du contrôleur ?
Dans une démocratie libérale, une seule forme d’arbitrage devrait prévaloir : celle du public. Les parts de marché, la diversité des audiences, la confiance ou la défiance des citoyens constituent le véritable verdict démocratique. C’est le peuple, et non une autorité morale auto-désignée, qui tranche, par ses choix, la crédibilité des médias.
La démarche présidentielle s’inscrit par ailleurs dans un paysage médiatique français déjà largement déséquilibré idéologiquement. Les propos de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, restent à cet égard gravés dans les mémoires : il ne s’agirait plus de « représenter la France telle qu’elle est, mais telle qu’on voudrait qu’elle soit ». Cette déclaration, lourde de sens, acte une vision prescriptive de l’information, où le réel doit s’ajuster à un idéal préconçu.
Dès lors, la labellisation des médias apparaît moins comme un outil de lutte contre la désinformation que comme un levier supplémentaire d’homogénéisation idéologique. Une forme de Pravda à la française, soft, policée, institutionnelle, mais une Pravda tout de même. Fort heureusement, cette orientation rencontre une opposition large et transpartisane, signe que le réflexe démocratique n’est pas éteint.
La liberté de la presse n’est jamais acquise. Elle ne se protège ni par des labels, ni par des certifications morales, ni par des autorités prétendument neutres. Elle se défend par le pluralisme, le débat, la contradiction, et la souveraineté du lecteur, de l’auditeur et du téléspectateur.
Halte à cette atteinte insidieuse à la liberté de la presse.
Car toute vérité officielle finit toujours par devenir une vérité fragile, et souvent une vérité imposée.

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