Il y a déjà plusieurs décennies, j’ai eu la chance de naître en Provence, une région vibrante de couleurs, de sonorités chantantes et de traditions.
A l’automne d’une vie, le mois de décembre éveille souvent la nostalgie des Noëls de la jeunesse insouciante, ceux de l’époque où tous les absents d’aujourd’hui étaient encore présents.
En ce qui me concerne un de mes plus précieux souvenirs est celui où, chaque année, mon père me prenait par la main et m’emmenait, instant de complicité partagée, sur le marché aux santons acheter le petit personnage qui viendrait enrichir notre crèche provençale.
Nous n’étions pas une famille de fervents catholiques encore moins pratiquants, loin de là. Pourtant chaque mois de décembre il ne nous serait jamais venu à l’esprit d’oublier de sortir de sa boite l’étable au toit de tuile et tous les santons soigneusement enveloppés de papier léger.
Pour nous cette crèche, avec ses santons profanes (poissonnier, pêcheur, meunier…) faisait certes référence à la naissance de l’enfant Jésus mais il s’agissait avant tout d’une tradition signant, sans que l’on y pense, un moment de partage au-delà de notre famille donc d’appartenance. Car qu’est-ce qu’une tradition sinon la continuité d’un geste ancien dans lequel des hommes et des femmes se reconnaissent et font société.
A l’époque personne ne songeait à contester la présence d’une crèche de Noël dans un édifice public tant le culturel l’emportait sur le cultuel, ce qui est toujours le cas.
D’ailleurs à bien y réfléchir pourquoi place-t-on la naissance du Christ, symbole de lumière, le 25 décembre juste après le solstice d’hiver le 21 décembre ? Sans doute dans la continuité de traditions beaucoup plus anciennes et terriennes, la nuit la plus longue annonçant le retour progressif de la lumière (les jours rallongent) et du renouveau (le printemps à venir) donc de la fécondité et de la prospérité.
La crèche n’est plus alors seulement un symbole chrétien, mais une transposition moderne d’un imaginaire ancien de renaissance lumineuse.
Au fil des siècles de nombreux pays et régions se sont appropriés cette tradition de crèche de Noël, transmise de génération en génération, chargée d’une valeur identitaire et affective dépassant largement le religieux.
La crèche de Noël, tout en conservant sa dimension chrétienne, est avant tout un objet culturel, un ancrage dans une histoire longue où le retour de la lumière occupe une place centrale.
Elle raconte une renaissance, un message universel, partagé bien au-delà des croyants, lequel a toute sa place dans l’espace public, n’en déplaise aux laïcistes grincheux.

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