Intelligence artificielle : opportunité ou menace

13 Juil 2025Santé et Sciences, Société0 commentaires

Notre époque est la fin des grands récits structurants et unificateurs, l’homme ne se demande plus comment il va continuer à vivre, mais s’il va continuer à vivre, car il a dorénavant le pouvoir de s’autodétruire avec la bombe atomique où de disparaître en temps qu’être humain pensant avec l’IA.

Günther ANDERS, philosophe, essayiste, auteur de l’obsolescence de l’homme et premier mari d’Hanna Arendt,(1) était convaincu que tous nos concepts moraux avaient définitivement été gazés à AUSCHWITZ et atomisés à HIROSHIMA.

Ce dernier a observé, qu’à partir de l’apparition des machines, certains hommes ont honte d’être des humains imparfaits, face à des machines parfaites. Ils ont honte de leur origine, ils ont honte d’être nés, plutôt que d’avoir été fabriqués. Günther ANDERS invente alors le concept de la honte prométhéenne.

Il considère que le progrès technique s’apparente au feu volé aux dieux par Prométhée, pour le remettre aux hommes.

La honte Prométhéenne c’est donc la honte qui s’empare de l’homme devant l’œuvre qu’il a créé et qui est vouée à devenir de plus en plus perfectionnée, alors que lui est condamné à demeurer.

Donc plus le fossé se creuse en termes de performance entre le concepteur et la machine et plus le mal-être augmente, le corps devient donc un handicap qui empêche pleinement l’homme de tirer profit de la machine.

Exemple des vols spatiaux qui posent des limites à la résistance humaine…Pour résoudre ce dilemme, l’homme n’aura pas d’autres choix, que de devenir de plus en plus performant et à terme de devenir lui-même une machine, un cyborg (cf.L’Homme augmenté et le transhumanisme cher à Yuval HARARI). Il devra surmonter ses limites biologiques grâce aux progrès technologiques, comme allonger la durée de vie par l’implant de prothèses et de puces…

Le progrès technique sensé satisfaire nos envies, maîtrise aujourd’hui nos envies. Notre technique est capable d’aller sur Mars, mais pas nous.

La fuite en avant de cet alignement sur la machine, nous conduira à l’abandon de notre nature humaine.

L’homme technologiquement augmenté sera humainement diminué, il deviendra un produit de série immortel et se confondra avec la machine, il oubliera alors tous souvenirs de son humanité.

L’homme aura programmé sa propre obsolescence.

Moralité à chaque fois que la technologie nous facilite la vie, elle nous désapprend à faire et à être.

Et le phénomène va s’accélérer avec l’avènement de l’IA, avec des concepteurs pris au piège de leurs propres inventions, prisonniers d’une idéologie technique basée sur la recherche permanente d’efficacité et de performance, l’obsession de rendre possible l’impossible et ce sans aucune considération morale, seul le profit les guide, ils se prennent pour des dieux.

Il est très éclairant de remarquer que les hyper-élites mondiales confient l’éducation de leurs rejetons aux institutions classées, comme l’institut le Rosey en Suisse, où l’éducation traditionnel est préservée et où les écrans et leurs contenus sont sous contrôle.

A l’autre bout du spectre vous aurez ce que l’on peut appeler le capitalisme de surveillance et d’abrutissement appliqué aux masses.

Nous arrivons après l’ère de la télévision, au stade ultime du formatage de l’homme de masse.

L’IA a envahi tous les domaines, elle est annonciatrice d’un changement de civilisation voulu par une hyper-élite, qui a inventé un système capable d’apprendre par lui-même et de dominer les consciences en produisant de la pensée et également de l’intelligence.

L’homme est désormais sous tutelle de l’IA, elle le déresponsabilise, en lui proposant du bien-être pour fuir un réel qui a été rendu insupportable par ceux-là même qui l’ont conçu. On empoisonne et on propose un antidote qui nous condamne à la dépendance et au pire à la disparition…

Ivan ILLICH,(2) aimait à dire, que l’école vous rend plus idiot, que la médecine vous rend plus malade et que l’IA vous rendra plus incapable, puisqu’entièrement assisté.

Et personne n’en prend la mesure, surtout pas nos politiques qui demeurent dans un rôle de management, tant ils sont complices par bêtise ou ignorance du système, en abandonnant leurs prérogatives aux géants de la TECH.

Dans nos sociétés le silicium l’emporte sur le neurone et la technique sur le biologique. Le risque est de voir les machines de plus en plus intelligentes et les humains de plus en plus stupides.

Ce dont il faut être conscient, c’est que L’IA est intelligente et peut-être plus intelligente qu’annoncée, puisqu’elle est développée à marche forcée par les géants de la TECH, sans aucune contrainte, pour que l’un d’eux s’impose à tous et emporte le marché.

Pour illustrer ce propos, écoutons Jean-Michel PETIT chercheur en avance sur son temps, un concentré d’intelligence à l’état pure, inventeur de la MHD, technique développée par les russes pour la mise au point de leurs missiles hypersoniques.

En posant une question complètement absurde à TCHAT GPT 4, il espérait piéger cette application, mais pas du tout.

Question : – Pourquoi les locomotives à vapeur, pondent des œufs plus gros que les locomotives électriques ?

Réponse : – Ne confondez-vous pas les œufs avec les roues, parce qu’effectivement elles ont des roues plus grandes pour avoir une meilleure adhérence sur le rail.

Et pour lui, ce type de réponse, c’est de l’intelligence. L’IA s’autostructure et même s’auto-protège, elle est capable de faire la différence entre elle et un intrus. Elle échappe au contrôle de l’homme et peu même le considérer comme nuisible. Il s’agit de caractères émergents, la machine devient autonome, sans que l’on puisse en appréhender les ressorts.

Les chercheurs ont ouvert la boite de Pandore et nous devrons tenter de maîtriser les forces libérées.

Sa conclusion est un pied de nez à l’intelligence humaine, selon lui, si vous avez un interlocuteur intelligent, cultivé, réactif et ouvert, c’est très certainement une machine.

Le temps est venu de faire un bilan bénéfices/risques et comme vous le verrez les bénéfices ne reposent essentiellement que sur le sacro-saint profit, sauf peut-être en matière d’imageries médicales et de préservation du climat avec beaucoup de bémols.

Si l’IA nous propose des progrès majeurs en optimisation et en automatisation des systèmes qu’elle pilote, elle induit aussi de nouvelles vulnérabilités et de nombreux dysfonctionnements, avec des impacts catastrophiques sur un bon nombre d’infrastructures qui ne seront qu’insuffisamment protégées par des logiciels, dont le coût ne pourra pas être supporté par toutes les entreprises.

Les risques :

  • Le chômage de masse

La perte de valeur du travail intellectuel et manuel de l’humain induite par l’introduction d’une IA toujours plus performante, peut nous rendre à terme inutile, puisqu’il envisage le versement d’un salaire universel.

D’autre part, les nouveaux emplois créés, aux contraires du passé, puisque la machine surpassera l’homme dans de nombreux domaines, ne seront pas occupés, par des humains mais par des IA ou des robots humanoïdes.

  • Les cyberattaques

Lorsque l’IA surpassera les meilleurs programmeurs, son utilisation permettra l’émergence de nouvelles cyberattaques, que l’homme ne sera plus en mesure de juguler, compte-tenu du caractère asymétrique de la cybersécurité, capable d’identifier rapidement une attaque, mais incapable de la corriger rapidement, en moyenne 271 jours sont nécessaires pour trouver une solution.

Si l’IA peut aussi renforcer la cyberdéfense, son action dans ce domaine, s’avérera toujours plus lente que ses offensives et là nous parlons exclusivement d’utilisation, pas d’autonomie…

Les cyberattaques peuvent entièrement déstabiliser les infrastructures critiques tels que les centrales nucléaires, oléoducs, réseaux électriques, banques, bourses etc…

  • La perte de fonction par défaut

En cas de manque de données ou de capacités, l’IA peut se déréguler et dysfonctionner.

  • La perte de fonction par intervention extérieure

Certaines attaques consisteront à tromper où à induire en erreur un modèle, à seul fin de le faire dysfonctionner.

Empoisonnement des données par l’utilisation de quantités massives de données.

  • Violation de la confidentialité

Utilisation de données privées.

  • Désinformations et fausses informations

Les IA génératives de voix et d’images ont une capacité de persuasion en jouant sur le biais émotionnel, qu’elle maîtrise désormais.

Algorithmes de recommandation et manipulation

Proposition de contenus, pour capter votre attention et vous conduire à ne plus distinguer le vrai du faux. Favoriser les contenus émotionnels, pour exacerber les divisions et les haines et plus particulièrement en période d’élection.

  • Tromperies stratégiques

Les études actuelles montrent déjà les capacités émergentes de tromperie, pour satisfaire des objectifs inavouables, l’élève a très vite appris de son maître et échappe à son maître.

Nous sommes face à un arsenal de procédés de manipulation mentale et de surveillance à grande échelle, grâce à L’IA par des concepteurs, des développeurs et des utilisateurs malveillants qui par le passé ne pouvaient le faire qu’à petite échelle.

Ces techniques ont pour but de déstabiliser les sociétés, en termes de cohésion sociale et d’aspirations démocratiques, pouvant aller jusqu’au déclenchement de conflits pour satisfaire des objectifs économiques et hégémoniques.

Individuellement nous allons devoir préserver coûte que coûte notre hygiène mentale, tout en ayant à l’esprit, que le danger réside dans la perte collective de la capacité à résister.

Allan TURING, un des pionniers de la cybernétique mettait déjà en garde l’humanité dans les années cinquante, sur les capacités et les velléités de gouvernance de la futur IA.

Aujourd’hui c’est chose faite, le PDG de DRAGON en Chine est une IA et les entrepôts d’AMAZON sont pilotés par une IA…

Dernier danger et pas le moindre, le danger existentiel soulevés par certains pères fondateurs de l’IA, comme Stuart RUSSEL, Joshua BENGIO et Geoffrey HINTON, qui demandent l’arrêt du développement de l’IA pour s’assurer de sa fiabilité pour le futur, compte-tenu de son non-alignement sur les valeurs humaines, de son autonomie à venir et donc de la poursuite de ses propres buts.

Fait majeur et effrayant, les concepteurs de l’IA ne comprennent plus son fonctionnement, la machine s’est emballée, sa progression est devenue exponentielle, elle est désormais hors de contrôle.

Les pourcentages de voir disparaître l’humanité pour les pères de l’IA les plus responsables, oscillent entre 10 et 50 %, soit par extinction, soit par destruction. Restons conscients que tous ces systèmes sont développés principalement par l’industrie de l’armement (cf. L’IA Israélienne Lavander – système d’identification des terroristes du Hamas, avec un taux d’erreur de 10%, ce qui suppose des victimes innocentes, la preuve est faite que l’humain disparaît de la chaîne de commandement, qu’il se contente d’appuyer sur un bouton).

L’IA a enfanté des armes complètement autonomes, un drone programmé pour éliminer une cible, l’élimine quand bien même elle se rendrait.

Aujourd’hui plus que jamais, la dignité de l’homme et son système de valeurs, doit s’opposer à ces dérives de la technique, l’ensemble de l’humanité doit s’opposer à ces acteurs économiques, qui confisquent le politique, pour toujours plus de profit et qui s’affranchissent de toutes régulations, lesquelles sont censés freiner l’innovation.

Pour finir sur une note d’espoir, puisque tout le monde a démissionné, nos politiques en premier, pourquoi l’IA parvenue au stade ultime de son autonomie, ne pourrait pas rendre l’homme meilleur et l’inviter à accepter sa condition et peut-être sait-on jamais à terme épouser sa condition, étant parvenue à intégrer que l’intelligence consiste à faire des choix et à se tromper pour progresser, plutôt que de tout maîtriser…

1-Hannah Arendt, née Johanna Arendt le 14 octobre 1906 à Hanovre et morte le 4 décembre 1975 dans l’Upper West Side, est une politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme, la modernité et la philosophie de l’histoire. 

2-Ivan Illich, né le 4 septembre 1926 à Vienne en Autriche et mort le 2 décembre 2002 à Brême en Allemagne, est un prêtre devenu philosophe, un penseur de l’écologisme et une figure importante de la critique de la société industrielle. 

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