L’antisémitisme (1) est une histoire vieille de plus de 2000 ans. Cette haine et ce rejet irrationnels des juifs ont pris différentes formes au fil des siècles avec pour point d’orgue en Europe l’horreur la Shoah.

Nombreux sont ceux, ayant vécu l’occupation allemande ou nés juste après la guerre, ayant grandi avec les récits et les images de ce que fût cette abomination, qui ont cru au « plus jamais ça ».

Mais l’antisémitisme n’a pas disparu pour autant. Il s’est fait plus discret, plus sournois, moins spectaculaire, avec des résurgences brutales tel l’attentat de la rue des Rosiers en 1982.

C’est à partir de 2000 qu’a été constatée une augmentation significative et régulière des actes antisémites. En effet, en ce début du XXIème siècle on recense en France en moyenne près de 600 actes antisémites par an, soit 7 à 8 fois la moyenne annuelle observée la décennie précédente (source ministère de l’Intérieur). 

Un rapport du SPCJ (2) de 2020 constate : « En 2020 on peut dire qu’une génération entière a grandi et s’est construite dans une France où la haine des Juifs, par une partie de la population, s’exprime depuis plus de 20 ans quotidiennement dans l’espace public, virtuel comme réel ».

Après le 7 octobre, le nombre d’actes antisémites a été multiplié par quatre passant de 436 en 2022 à 1676 en 2023 notamment en raison de l’importation en France du conflit entre Israël et le Hamas, conflit servant de prétexte à l’affichage, sous couvert d’antisionisme, d’un antisémitisme d’autant plus décomplexé que les propos ou écrits de certains politiques peuvent être perçus comme le justifiant. 

Dans les six premiers mois de 2024 le nombre d’actes antisémites est déjà de 887.

Notre propos ici n’est pas d’analyser les causes de cette résurgence, ni de désigner des coupables, sujets très largement documentés par ailleurs.

Ce qui a motivé ces quelques lignes ce sont deux faits divers très récents qui se sont déroulés dans les transports en commun, les 6 et 14 août, respectivement à Montpellier et Paris.

Dans les deux cas, des personnes ont été victimes de propos antisémites particulièrement haineux et même de violence à Montpellier.

Et ce qui a appelé notre attention c’est l’inaction des passagers. Une seule réaction, celle d’une jeune femme dans le métro à Paris, qui s’est interposée tout en filmant la scène.

Filmer, voilà ce qu’il faut attendre, sauf rare exception, des témoins éventuels. Certes, intervenir est une prise de risque mais si cette jeune femme l’a assumée pourquoi pas les autres passagers ?

Quant à l’homme agressé dans le tram à Montpellier, un retraité parisien, il n’était pas juif. Quand on lui a demandé pourquoi il ne l’avait pas dit à son agresseur, il a répondu que cela aurait été lâche et que le regard de haine de son agresseur lui avait fait penser à la haine des agresseurs du 7 octobre 2023.

Heureusement il existe encore des personnes de la trempe de celles qui, pendant la seconde guerre mondiale, ont permis de sauver 75% des juifs installés en France avant 1940. (3)

Lorsque se pose la question comment lutter contre l’antisémitisme, les réponses sont généralement : l’éducation, la législation, la surveillance et la réactivité, le dialogue interreligieux et interculturel, la promotion des valeurs démocratiques, le soutien aux victimes.

Certes, mais le premier moyen de lutte efficace et dissuasive c’est la réaction citoyenne immédiate et solidaire.

Dans sa plaidoirie brillante et émouvante en 2020, lors du procès des attentats de 2015 dont la prise d’otages de l’Hypercacher, Maitre Patrick Klugman rappelle :  « Par bêtise, par ignorance, pour se rassurer aussi, on s’est dit : « tant que c’est contre les Juifs, c’est pas pour nous ». Tenez l’autre jour une victime du Bataclan, professeur des écoles, a témoigné comme un remord de la pensée qui l’a traversée lorsque les premiers coups de feu ont retenti : c’est étrange, pourquoi ils viennent ici, on n’est pas juifs ? La réalité des attentats de l’année 2015 prouve hélas que l’on commence à tuer les Juifs, on ne s’arrête jamais avec eux… ».

Vox Nostra a fait sienne cette pensée d’Albert Einstein qui apparaît sur notre page d’accueil, si actuelle :

« Le monde est dangereux, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et qui laissent faire ».

Nous la soumettons à votre réflexion.

1-En 1879, le journaliste allemand Wilhelm Marr a créé le terme « antisémitisme » pour désigner la haine des Juifs, ainsi que la haine de tendances politiques associées à eux.
2-Service de Protection de la Communauté Juive
3-Seuls 25 % des juifs des Pays-Bas et 45 % des juifs de Belgique ont survécu. « Dans l’Europe occupée par l’Allemagne hitlérienne, la France est le pays où les juifs ont proportionnellement subi le moins de pertes ». (Serge Klarsfeld)

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