l’étau administratif, la concurrence déloyale et la disparition programmée
Une statistique qui résume tout
En 1980, la France comptait 1,2 million d’agriculteurs.
En 2024, ils ne sont plus que 400 000.
Dans le même temps, le nombre de fonctionnaires du ministère de l’Agriculture est passé de 18 000 à 36 000, –66 % d’agriculteurs, +100 % de fonctionnaires.
Le déséquilibre est brutal, révélateur, et profondément inquiétant.
Aujourd’hui, on compte un fonctionnaire pour un peu plus de dix agriculteurs. Autrement dit, ceux qui produisent, prennent des risques, investissent, travaillent sept jours sur sept et nourrissent la population sont désormais encadrés, contrôlés, normés et sanctionnés par une administration devenue pléthorique.
Les agriculteurs ne se révoltent pas par caprice.
Ils protestent contre l’accumulation des normes, des taxes, des règlements et des contraintes, souvent incohérents, parfois contradictoires, presque toujours déconnectés du terrain.
Ceux qui sont censés les protéger les asphyxient.
Une détresse humaine ignorée
Ce système n’est pas seulement inefficace.
Il est humainement destructeur.
En France, un agriculteur se suicide tous les deux jours.
Selon le rapport 2025 de la MSA, les agriculteurs âgés de 15 à 64 ans présentent un risque de suicide supérieur de 46 % à celui des autres catégories socioprofessionnelles.
Pourquoi ?
Parce qu’ils cumulent :
- une pression économique extrême,
- une instabilité réglementaire permanente,
- une mise en cause morale constante,
- un sentiment d’abandon et d’injustice.
Ils nourrissent la société, mais sont traités comme un problème à gérer.
Mercosur : la concurrence déloyale institutionnalisée
La semaine à venir est décisive pour l’accord de libre-échange UE–Mercosur, négocié depuis près de 25 ans entre l’Union européenne et le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay (et la Bolivie).
Les agriculteurs français dénoncent cet accord avec raison.
Pourquoi ?
Parce qu’il organise une concurrence structurellement déloyale.
Focus sur la viande bovine
Dans la Pampa argentine, les élevages bénéficient :
- de coûts de production bien plus faibles,
- de normes sanitaires, environnementales et sociales largement inférieures à celles imposées aux producteurs européens.
Résultat : des prix au kilo 1,5 à 3 fois inférieurs à ceux pratiqués en France.
La Commission européenne promet des contrôles, évoque des « clauses miroir », mais personne ne croit sérieusement à leur effectivité.
Depuis 2004, la viande aux hormones est interdite à l’importation en Europe. Très bien.
Mais qui contrôle réellement, sur la durée, les méthodes d’élevage, les intrants, les traitements vétérinaires, les conditions sanitaires ?
Pendant que l’UE ouvre grand ses frontières agricoles, elle durcit sans cesse les contraintes internes.
Le message est limpide :
Produisez moins, plus cher, avec plus de règles et laissez le marché importer à bas coût.
Tout indique que, malgré les postures politiques, l’accord se fera, et sur le dos des agriculteurs européens.
Dermatose nodulaire : quand l’administration remplace le bon sens
Deuxième exemple révélateur : la crise de la dermatose nodulaire contagieuse.
Rappel essentiel : il n’y a aucun risque pour l’Homme.
Pourtant, face à la propagation de la maladie dans certains élevages bovins, l’État a choisi une stratégie radicale : l’abattage systématique de l’ensemble des troupeaux contaminés.
3000 bêtes ont déjà été abattues à date.
Cette stratégie est jugée :
- disproportionnée par de nombreux éleveurs,
- contestable scientifiquement.
Dès 2016, après un épisode de DNC dans les Balkans, une étude de l’EFSA concluait qu’une euthanasie ciblée combinée à une vaccination massive aurait suffi à contenir la maladie.
La Chambre d’agriculture de l’Ariège a proposé un plan alternatif :
- vaccination généralisée,
- surveillance vétérinaire renforcée,
- tests PCR hebdomadaires.
Refus.
La question de fond demeure :
Pourquoi l’autorité administrative se substitue-t-elle systématiquement à la responsabilité de l’agriculteur, en lien avec les vétérinaires ?
Pourquoi nier toute capacité de gestion du risque aux premiers concernés ?
Une convergence troublante
Mis bout à bout, ces deux dossiers dessinent une trajectoire inquiétante.
- D’un côté, on ouvre le marché européen à des productions bovines sud-américaines à bas coût.
- De l’autre, on réduit le cheptel européen par des normes, des contraintes et des décisions administratives brutales.
La question dérange, mais elle mérite d’être posée :
L’objectif final n’est-il pas, de facto, de faire disparaître l’élevage bovin européen pour libérer le marché au profit du Mercosur ?
Pré conclusion : un métier sacrifié, une nation amputée
On ne détruit pas seulement une profession.
On détruit :
- un mode de vie,
- une souveraineté alimentaire,
- des territoires,
- des savoir-faire,
- une part essentielle de l’identité française.
Sous le joug d’une Europe technocratique et d’un État hypertrophié, l’agriculteur devient la variable d’ajustement.
À force de normes, de taxes, de règlements et de décisions hors-sol, on tue ceux qui nous nourrissent.
C’est une faute économique, c’est une faute morale, c’est une faute politique.
Et oui, c’est une honte.
Il nous faut réagir : rester dans l’Europe, mais reprendre notre souveraineté nationale.
C’est la seule option immédiatement efficace, à condition d’assumer le rapport de force.
Principe fondamental : l’Europe ne doit plus être un prétexte à l’impuissance nationale.
Les traités permettent des marges de manœuvre que la France n’utilise pas.
8 MESURES PRAGMATIQUES
1. Moratoire immédiat sur les normes agricoles françaises
- Gel de toute nouvelle norme nationale et européenne
- Audit indépendant des normes existantes
- Suppression d’au moins 30 % des contraintes inutiles sous 18 mois
⇒ Aucune norme sans preuve de bénéfice économique ou sanitaire.
2. Principe constitutionnel de non-surtransposition
- Interdiction formelle d’aller au-delà des normes européennes
- Toute surtransposition doit être votée par le Parlement, pas imposée par l’administration
⇒ Stop à l’auto-sabotage français.
3. Protection du marché intérieur agricole
- Quotas d’importation sur les produits sensibles
- Clause de sauvegarde automatique en cas de chute des prix
- Priorité aux circuits courts dans la commande publique
⇒ On protège ceux qui produisent sur notre sol.
4. Réduction massive de l’administration agricole
- Fusion d’agences
- Réduction de 30 à 40 % des effectifs administratifs en doublon
- Redéploiement vers l’accompagnement technique réel sur le terrain
⇒ Moins de contrôleurs, plus de conseillers.
5. Responsabilisation des agriculteurs sur les crises sanitaires
- Fin des abattages systématiques aveugles
- Gestion du risque conjointe agriculteur–vétérinaire
- Vaccination + ciblage + surveillance renforcée
- Indemnisation rapide et juste
⇒ Le bon sens contre la bureaucratie.
6. Revenu agricole plancher garanti
- Pas une aide, mais un prix minimum rémunérateur
- Indexé sur les coûts réels de production
- Fin du dumping interne imposé par la grande distribution
⇒ Un agriculteur doit vivre de son travail.
7. Fiscalité agricole simplifiée et allégée
- Baisse des charges sociales
- Suppression des taxes comportementales punitives
- Stabilité fiscale sur 10 ans
⇒ On ne peut pas investir dans l’incertitude permanente.
8. Souveraineté alimentaire inscrite dans la loi
- Objectif chiffré d’autonomie alimentaire
- Interdiction de détruire volontairement des filières stratégiques
- Politique agricole reconnue comme intérêt national majeur
En synthèse :
Rester dans l’Europe, mais privilégier l’intérêt national lorsqu’il est menacé.
Imposer le rapport de force plutôt que subir.
Mettre l’agriculture hors de portée de la technocratie idéologique.
Conclusion — L’agriculture française à l’heure du choix
L’agriculture française n’est pas en crise par fatalité.
Elle est mise en difficulté par des choix politiques, des renoncements stratégiques et une dérive technocratique qui ont progressivement dépossédé les agriculteurs de leur rôle, de leur liberté et de leur dignité.
En quarante ans, la France a laissé disparaître les deux tiers de ses agriculteurs tout en doublant les effectifs chargés de les administrer. Elle a empilé normes, taxes et contrôles, tout en ouvrant ses frontières à des productions étrangères soumises à des exigences bien moindres. Elle a substitué la logique administrative au bon sens paysan, la contrainte à la responsabilité, la défiance à la confiance.
Le résultat est là : une profession à bout, une détresse humaine insupportable, une souveraineté alimentaire fragilisée et un modèle agricole menacé d’effacement.
Face à cette situation, la question n’est pas de sortir de l’Europe ou d’y rester par principe. La seule question légitime est celle de la souveraineté réelle. Une Europe qui protège peut-être un levier. Une Europe qui sacrifie ses agriculteurs devient un problème. Lorsque les règles communes détruisent un intérêt vital, il est du devoir d’un État de les contester, de les suspendre ou de s’y opposer.
L’agriculture doit redevenir une priorité stratégique nationale. Cela suppose de réduire la bureaucratie, d’imposer la réciprocité commerciale, de redonner de la liberté et de la visibilité économique aux exploitants, et de replacer l’agriculteur au cœur du dispositif, non comme un suspect, mais comme un acteur responsable et indispensable.
Il n’y aura ni transition écologique crédible, ni cohésion territoriale, ni souveraineté alimentaire sans agriculteurs nombreux, respectés et justement rémunérés. En continuant sur la trajectoire actuelle, la France ne modernise pas son agriculture : elle l’organise lentement sa disparition.
Il est encore temps de changer de cap. Mais cela exige du courage politique, une rupture avec l’idéologie technocratique dominante et une conviction simple, trop souvent oubliée :
un pays qui ne protège plus ceux qui le nourrissent, renonce à une part essentielle de lui-même.
Notre Programme Présidentiel est en cours de finalisation : il intégrera tout ou partie de ces propositions d’actions.
Nous aurons l’occasion de les partager.

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