Les formations de gauche ont connu au cours de l’histoire plusieurs phases d’union, généralement éphémères, fondées sur le barrage à une droite nationaliste autoritaire.
Nous citerons, en pleine affaire Dreyfus, la coalition électorale dite « Bloc des gauches », composée de socialistes et de républicains radicaux, qui permet la formation d’un gouvernement de « défense républicaine » dans un contexte d’agitation nationaliste et antidreyfusarde.
Entre 1924 et 1926, le centre gauche et les socialistes forment « le cartel des gauches » pour mettre en échec la droite et le centre droit, avec succès aux élections législatives de 1919 et 1935.
En vue des élections législatives de 1936, se constitue le Front Populaire réunissant pour la première fois toutes les forces de gauche (Parti communiste, SFIO, Radicaux et divers gauche) dans un contexte de crise économique, de scandales politico-financiers (ex : affaire Stavisky) et d’instabilité. Le fascisme a pris le pouvoir en Italie et en Allemagne. En France les droites nationalistes, dont certaines ligues d’extrême droite violentes, tiennent le haut du pavé.
Par peur du fascisme (le vrai) les organisations de gauche s’unissent pour la défense de la République et des libertés démocratiques, et obtenir du pain, du travail et la paix. Le Front populaire remporte les élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936.
Il a rapidement mis en œuvre plusieurs réformes sociales et économiques importantes. Les Accords de Matignon, signés en juin 1936, ont été l’une des réalisations les plus significatives. Ces accords ont établi la semaine de travail de 40 heures, introduit les congés payés pour les travailleurs, et encouragé la négociation collective entre les syndicats et les employeurs. Ces mesures ont été accueillies avec enthousiasme par les travailleurs français et ont amélioré leur qualité de vie de manière significative.
Le Front populaire a rapidement été confronté à des tensions internes et à des défis externes qui ont mis à mal sa cohésion. Ces différences ont souvent compliqué la prise de décisions politiques et la mise en œuvre de réformes supplémentaires.
Les élections de 1938 ont vu une défaite électorale du Front populaire, mettant fin à sa période au pouvoir. Cette défaite a été interprétée comme un rejet par une partie de l’électorat français des politiques et des tensions internes qui avaient affaibli la coalition.
En 1955, en raison de la montée du poujadisme et de la nécessité de mettre un terme à la guerre d’Algérie, une partie de la gauche forme un Front républicain (éphémère) en vue des élections législatives de 1956, qu’elle remporte, ce qui permettra notamment d’obtenir une troisième semaine de congés payés.
Par la suite, les gauches ont constitué des formes d’union de circonstances à différentes reprises : 1972 (programme commun de gouvernement), 1978 et 1981 (union de la gauche), 1997 (gauche plurielle), 2022 (Nupes). A chaque fois, l’objectif est d’exercer le pouvoir, ce qui diffère radicalement des contextes antérieurs notamment en 1936.
Après la dissolution surprise de l’Assemblée nationale par le Président de la République le 9 juin, au soir des résultats des élections européennes, les principaux partis de gauche (LFI, Ecologistes, Socialistes, Communistes) se coalisent en quatre jours, sous l’étiquette « Nouveau Front Populaire », en vue des élections législatives, dans ce qu’ils qualifient de contexte de montée d’extrême droite et en opposition aux partis de la majorité présidentielle ainsi qu’au Rassemblement National.
Grâce à la collaboration active de tous les partis du centre et de droite (1), par le jeu des désistements, le NFP devient le premier intergroupe à l’Assemblée nationale.
Suffisait-il d’en appeler au Front Populaire, mythe de l’unité et de l’antifascisme, pour retrouver le paradis perdu de l’union des gauches ? Bien sûr que non.
Dès qu’a été posée la question du choix d’un premier ministre, les dissentions structurelles de cette alliance de façade ont refait surface, comme ce fût le cas par le passé.
Le grand paradoxe du paysage politique français est que les droites ont moins de divergences profondes mais sont incapables de s’allier alors que les gauches souvent très éloignées idéologiquement savent se coaliser quand il s’agit de prendre le pouvoir, le lien se faisant sur la lutte contre le fascisme, réel en 1936 mais fantasmé aujourd’hui. Les conditions de l’union des gauches aujourd’hui sont radicalement différentes de celles de 1934-1936.
Depuis 2022 nous avons vu au sein de l’Assemblée nationale des comportements, a minima irrespectueux de l’institution, de la part des membres de la NUPES (devenue NFP en 2024) voire condamnables en raison de prises de position flirtant avec l’antisémitisme, depuis le 7 octobre 2023.
Ces dernières semaines nous avons assisté au retour de la République des partis et du petit théâtre antifasciste « tous contre le RN » afin de conserver les places puis les postes au sein du bureau de l’Assemblée nationale, le tout au nom de la démocratie et des valeurs républicaines.
Nous mettons en garde les élus, depuis le NPA jusqu’aux LR, en passant par LFI, les socialistes et les centristes, sans oublier renaissance, on ne joue pas impunément avec les institutions et, contrairement à ce que pensent certains la fin ne justifie pas les moyens.
Vous êtes en train de décevoir des millions d’électeurs, à droite comme à gauche, non seulement par des comportements antidémocratiques et antirépublicains mais en n’étant pas à la hauteur des difficultés auxquelles le pays doit faire face.
Ressaisissez-vous pour la France !
1-Voir notre précédent article Le Rassemblement national : instrumentalisation ou mauvaise stratégie ? – Vox Nostra (vox-nostra.fr)

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