La laïcité : le mauvais procès

23 Mai 2024Culture et médias, Institutions, Non classé, Société, Tous les thèmes2 commentaires

En France, jusqu’à la fin de la monarchie absolue en 1792, le pouvoir et la religion catholique étaient étroitement liés, le monarque étant considéré comme détenant son autorité de Dieu. L’Église catholique était une institution puissante et influente. Elle disposait de privilèges et de droits spéciaux, tels que la collecte de la dîme (une taxe religieuse) ainsi que le contrôle sur l’éducation. Les évêques et les abbés étaient souvent issus de la noblesse et avaient des liens étroits avec la monarchie.

Ce régime privilégié a provoqué des tensions avec les autres groupes religieux et engendré des conflits religieux dramatiques qui ont laissé une empreinte durable sur la société et la politique françaises (guerres de religions, par exemple, entre catholiques et protestants de 1562 à 1598, dont l’apogée a été le massacre de la Saint-Barthélemy, pendant la nuit du 24 août 1572 au cours de laquelle des milliers de protestants ont trouvé la mort à Paris).

En réaction, en 1789, l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dispose que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

Deux des trois principes qui caractérisent la laïcité à la française sont déjà présents dans ce texte : 

  • La liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public.
  • L’égalité de tous devant la loi quelles que soient les croyances ou les convictions.

Cette véritable redéfinition des rapports entre l’Église et l’État verra son aboutissement par la loi du 9 décembre 1905 avec l’adoption d’un troisième principe : 

  • La séparation des institutions publiques et des organisations religieuses (l’État ne reconnaît ni ne salarie aucun culte).

Durant la décennie 1880, la IIIᵉ République va travailler à la laïcisation de l’espace et du temps publics (suppression du repos dominical obligatoire (1880), retrait des emblèmes religieux des tribunaux (1881), rétablissement du divorce (1884) qui avait été interdit en 1816, suppression des prières à la Chambre des députés (1884)).

En 1881 et 1882, le ministre de l’Instruction publique, Jules Ferry, par une série de lois, rend l’école primaire obligatoire, gratuite et laïque. L’enseignement religieux est exclu de l’école publique, remplacé par l’instruction morale et civique.

La Constitution du 27 octobre 1946, dans son article premier, consacre la laïcité comme consubstantielle à la République française : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». (Principe toujours présent dans la Constitution actuelle).

Il est patent que c’est de haute lutte, payée parfois par le sang, que la France a inscrit dans son ADN la protection de la liberté de conscience pour tous les citoyens, leur égalité devant la loi, quelles que soient, une fois encore, les croyances (il n’y a pas en France de « sous-citoyen » en raison de sa religion ou de son « incroyance »).

La laïcité, née du souvenir des guerres de religions et de l’entrisme catholique dans la vie publique, en séparant nettement la religion de l’État, a pour but et permet dans l’espace public et au sein des institutions, telle l’Éducation nationale, de préserver la paix sociale.

A qui cette laïcité pose-t-elle problème ? 

A ceux qui ne sont pas capables ou ne veulent pas séparer sphère publique et sphère privée. 

A ceux qui revendiquent une reconnaissance de leur identité religieuse dans l’espace public et les institutions (repas spécifiques dans les cantines, horaires particuliers pour les femmes dans les piscines, ports de vêtements exprimant une appartenance religieuse ou communautaire…). 

De quoi cette attitude est-elle le nom ?

Ce type de comportement trouve ses sources, a minima, dans une incompréhension du concept de laïcité en France, au pire et plus sûrement, dans une volonté de prosélytisme religieux visant à la remise en cause totale de la laïcité qui freine son extension.

Illustration et provocation ordinaire

La semaine dernière, dans un tweet, la France a été traité de « pays de racistes dégénérés », à la suite du rappel par la Fédération Française de Football de l’article 1er de ses statuts interdisant de porter tout signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale lors des compétitions ou manifestations organisées par la fédération ou en lien avec elle.

Cette publication, pour le moins caricaturale, victimaire et volontairement provocatrice, est symptomatique. 

Elle procède, non seulement, d’un simplisme, synonyme d’un manque de culture, mais surtout d’un entrisme sournois dont l’unique but est la remise en cause de notre conception du principe de laïcité.

Non, laïcité ne signifie pas racisme ou anticléricalisme ! 

Bien au contraire elle garantit à chacun sa liberté de conscience (croire ou ne pas croire) donc un pluralisme religieux apaisé sous réserve qu’il ne vienne pas s’imposer dans l’espace public en troublant ainsi la sérénité de tous. 

Tel est le cas lorsqu’une jeune fille se fait « malmener » parce que vêtue à l’Européenne, lorsqu’un homme se fait poignarder sous prétexte qu’il boit de l’alcool durant le ramadan, lorsqu’un enseignant se voit interdire de boire de l’eau par des élèves, toujours, pendant le ramadan, lorsque des footballeurs portent des collants cachant une partie de leur corps pour motifs religieux, etc.

La laïcité à la française, c’est le contraire du communautarisme.  

Notre vigilance doit être constante pour défendre un de nos grands principes républicains : la religion relève et doit rester de la sphère privée !

2 Commentaires

  1. Patrick Montaleytang

    Article explicatif bien documenté et qui démontre que la laïcité est le symbole de la tolérance pour la vie en société. Notre pays a connu l’intolérance au cours des siècles précédents quand l’église catholique avait un rôle prépondérant dans la société française (entre autres périodes celle de l’Inquisition). La France a aujourd’hui à connaître à nouveau l’intolérance religieuse dont est affublée une grande partie de la population musulmane qui s’installe petit à petit dans notre pays, avec l’aide d’une certaine partie de la population et de nos dirigeants, dans le but de combattre et d’anéantir la laïcité en imposant sa religion et son mode de vie. Souhaitons que la Laïcité puisse résister encore longtemps !

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  2. patrice DUPIEUX

    La religion est la plus ancienne technique de lavage des cerveaux et aucune n’échappe à la règle, ce sont toutes des créations humaines à partir de phénomènes naturels présentées comme surnaturels, pour dominer les peuples, se référer aux travaux de VELISKOVSKY et de quelques autres.

    Donc la laïcité, pour être efficace, devrait combattre l’obscurantisme que véhiculent toutes les religions et interdire toutes leurs manifestations dans l’espace publique, il n’est pas de religion meilleure qu’une autre, se sont toutes des fables rédigées par des fanatiques, pour contrôler les esprits.

    ¨Nil posse creari de nihilo¨ – ¨Rien ne peut être créé de rien¨(Lucrèce)

    Religion et politique, un même combat les animent, prendre le leadership et diviser.

    A quand le réveil des peuples…

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