Elections européennes et échec du camp présidentiel, d’où dissolution de l’Assemblée nationale, élections législatives, avec dans l’entre- deux tours l’édification d’un barrage républicain de circonstance entre frères ennemis (seul programme : faire obstacle au RN), d’où une Assemblée tripartite sans majorité nette d’où un premier ministre et un gouvernement par défaut.
Bref, un désastre d’autant plus grave que soudain apparaît (pour certains) la situation financière catastrophique de notre pays.
Notre premier ministre, dont il faut souligner la bonne volonté quand d’autres se sont défilés, découvre une situation beaucoup plus préoccupante que ne l’avait laissé entendre le discours de passation du nouveau ministre de l’économie, Antoine Armand, félicitant Bruno Lemaire de son bilan et se considérant « chanceux » d’hériter d’un tel bilan. Le même Antoine Armand déclarait toutefois quelques jours plus tard, dans un discours prononcé le 10 octobre dernier « notre dette publique est colossale….En 2024, elle devrait s’établir à 3 300 Md€ soit près de 113% du PIB.
Elle est le résultat combiné de cinquante budgets nationaux en déséquilibre et d’une dépense publique qui a augmenté quasiment chaque année dans les dernières décennies. Elle est aussi le résultat de la réponse efficace et massive que nous avons apportée aux crises financières, sanitaires et énergétiques.
La dette n’est pas qu’une question financière.
C’est une question politique. Elle concerne tous les Français ».
Sans doute parce que cette dette concerne tous les Français, on nous annonce des temps difficiles, des sacrifices à venir, après un quoi qu’il en coûte dont la conséquence est un accroissement de la dette de plus de 1 000 milliards, en à peine plus de 12 mois.
Pour mémoire, le coût budgétaire des crises (Covid, sanctions consécutives à la guerre en Ukraine, explosion du coût de l’électricité) est la conséquence de choix politiques imposés aux Français.
Tous les pays n’ont pas appliqué le « quoi qu’il en coûte » durant la crise Covid et s’en sont fort bien sortis (Suède). L’explosion du coût de l’électricité résulte du système européen voulant une libre concurrence qui pénalise EdF donc la France, système résultant des dispositions du traité de Lisbonne par lequel nos politiques se sont assis sur le « non » au référendum de 2005 etc…
Donc, malgré des déclarations qui se veulent rassurantes (les classes moyennes seront épargnées, il y aura moins d’augmentation d’impôts que de réductions de dépenses, il n’y aura ni cure d’austérité, ni matraquage fiscal ), dans le cadre de l’examen des recettes du budget 2025, a commencé, ce que le premier ministre a qualifié de « concours Lépine de la taxation », auquel s’ajoute le sport favori de nos politiques, opposer les catégories sociales les unes aux autres (riches et moins riches, retraités et actifs, public et privé), ce qui est une manière de détourner l’attention de l’essentiel.
Souvent s’y ajoute l’idéologie. Ainsi la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez a déposé un amendement visant à exonérer d’impôt sur le revenu (dans la limite de 4 000 euros par enfant plafonnée à 12 000 euros par an), les pensions alimentaires perçues (majoritairement par des femmes) après une séparation et à interdire à l’ex-conjoint (majoritairement des hommes) sa déduction. Une fiscalité néo-féministe inégalitaire.
Dans le même ordre d’idée, les élus ont adopté en commission des amendements alourdissant la fiscalité des produits sucrés, notamment les sodas, afin d’en limiter la consommation par les Français, ce qui pour finir pénalisera les plus pauvres (lesquels se consoleront en étant en meilleure santé), sans parler de l’industrie.
Bref, tout ce dont on nous parle, de la suppression de l’abattement de 10% dont bénéficient les retraités pour le calcul de l’impôt sur le revenu (proposition du Conseil des Prélèvements Obligatoires), à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, en passant par l’augmentation du prix du paquet de cigarette sans oublier l’application des droits de succession aux contrats d’assurance – vie souscrits avant l’âge de 70 ans, ne sont que des dispositions à courte vue, autrement dit des rustines sur un bateau en train de couler.
Les prélèvements obligatoires représentent en 2023 43,2% du PIB, avec une redistribution élargie contribuant significativement à une réduction des inégalités de revenus (avant transferts, les ménages aisés ont un revenu 18 fois plus élevé que celui des ménages pauvres, contre 1 à 3 après transferts). (1)
Donc il faut arrêter avec cette course à l’échalote du mieux disant fiscal : trop de prélèvements asphyxie l’économie et encourage les fraudes fiscales et sociales.
Il faut avoir le courage de s’attaquer à l’essentiel, c’est-à-dire aux dépenses. Sur ce sujet nous vous renvoyons aux onze articles publiés en 2023 par notre cercle de réflexion, intitulés « Impôts, mais où va l’argent » (rubrique Economie) (2), lesquels ouvrent des pistes sérieuses et rentables.
Pour terminer, nous suggérons à nos parlementaires de faire œuvre d’exemplarité, en proposant de soumettre à l’impôt sur le revenu l’avance de frais de mandat (3) mensuelle (5373 € pour les députés et 5900 € pour les sénateurs). D’autant que par ailleurs les députés bénéficient d’une part de la déduction forfaitaire de 10% lors du calcul de leur impôt sur le revenu (4), d’autre part de la prise en charge directe d’autres dépenses par l’Assemblée, soit directement, soit sur factures. Il s’agit des transports entre Paris et la circonscription, de l’hébergement à Paris, des frais de taxis, de courriers, d’abonnements téléphoniques ou encore de matériel informatique. Une enveloppe de 10 581 euros par mois permet aussi d’employer jusqu’à 5 collaborateurs.
Cette fiscalisation avait été promise par Emmanuel Macron lors de sa campagne de 2017…..une déception de plus !
1- Insee Analyses n° 88 paru le 19/09/2023 La redistribution élargie, incluant l’ensemble des transferts monétaires et les services publics, améliore le niveau de vie de 57 % des personnes – Insee Analyses – 88
3- Location de la permanence, frais de formation et de documentation, frais de réception, de représentation ou de repas.
4- Ils peuvent aussi opter pour la déduction des frais réels

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