L’Etat a besoin d’argent ! Ce n’est pas nouveau, malheureusement. Et, comme toujours, plutôt que de prendre le problème à bras le corps afin d’entreprendre des réformes structurelles de fond, ce qui nécessite non seulement de la compétence mais surtout du courage, on ne s’interdit rien dans le choix des rustines, lesquelles n’empêcheront pas le bateau de couler mais donneront l’illusion d’un sursis…. « Encore un moment monsieur le bourreau, un petit moment ».(1)
Parmi les cibles favorites depuis quelques temps, les retraités, dont on nous dit régulièrement qu’ils vivent mieux que les actifs et qu’ils seraient en quelque sorte des privilégiés.
Est-il donc si anormal, après une vie de travail et d’économies, d’être un minimum plus aisé que des jeunes qui débutent dans la vie ?
Il semble que certains le pensent, crient à l’injustice et souhaitent rétablir l’équilibre par, ce que les gouvernants français adorent, une fiscalité plus lourde. Car en France, rétablir l’équité passe systématiquement par un accroissement de la charge fiscale, toujours pour les mêmes. Comme si taxer les soi-disant plus riches permettaient l’enrichissement des plus pauvres ! Cela se saurait depuis le temps !
Preuve en est que la France qui a la pression fiscale les plus élevée de l’OCDE (46% en 2022),(2) la dépense publique (58 % du PIB en 2022) et les prestations sociales (26% du PIB en 2022) les plus élevées de l’Union européenne est également le pays de l’Union européenne où le taux de pauvreté a le plus augmenté depuis 2017 (+17%).
Selon l’INSEE, avant tous transferts, les ménages aisés (dont le niveau de vie est au moins égal à 1,8 fois le niveau de vie médian) ont en 2019 un revenu par unité de consommation 18 fois plus élevé que celui des ménages pauvres, contre 3 fois après redistribution « élargie ».(3)
Plutôt que de se poser les bonnes questions, on se contente de tirer tout le monde vers le bas.
Au cas particulier des retraités, est dans le collimateur l’abattement fiscal de 10% dont ils bénéficient pour le calcul de l’impôt sur le revenu.
Précisons ici que cet abattement n’a rien à voir avec la déduction forfaitaire de 10 % pour frais professionnels dont dispose chaque salarié, lequel peut d’ailleurs opter pour les frais réels s’il y a intérêt. Cette déduction forfaitaire est plafonnée à 14 426 € pour les revenus 2024 par déclarant.
L’abattement de 10% dont bénéficient les retraités a été mis en place en 1978 par le gouvernement Barre en vue d’alléger la charge fiscale notamment des retraités dont le revenu diminue du fait de la cessation d’activité et compenser l’augmentation des frais médicaux à partir d’un certain âge. En 1998 le montant de cet abattement a été limité à un plafond au-delà duquel les sommes sont imposées en totalité. Pour l’impôt sur le revenu 2024, le plafond est fixé à 4 399 € par foyer fiscal.
Pour mémoire, cet abattement s’applique également aux pensions notamment alimentaires perçues ainsi qu’aux rentes viagères constituées à titre gratuit.
Selon la DREES,(4) en 2022 la pension mensuelle moyenne de droit direct des retraités résidant en France, après prise en compte de l’éventuelle majoration pour trois enfants ou plus, s’élève à 1 626 euros soit 1 512 euros nets des prélèvements sociaux.
Quelle serait l’incidence au regard de l’impôt sur le revenu en cas de suppression de cet abattement ?
Prenons l’exemple d’un couple de retraités percevant chacun 1 600 € mensuels nets soit un revenu à déclarer au titre de 2024 de 38 400 € bénéficiant de 2 parts.
| Avec abattement 10% | Sans abattement | |
| Revenu déclaré | 38 400 | 38 400 |
| Abattement 10%(Plafonné à 4 399 € par foyer) | 3 840 | 0 |
| Net imposable | 34 560 | 38 400 |
| Calcul de l’impôt(Barème 2025) | 1272 € | 1 694 € |
| Décote (1) | 894 € | 704 € |
| Impôt dû(Avant crédits d’impôt éventuels) | 378 € | 990 € |
- Pour un couple lorsque le montant de l’impôt ne dépasse pas 3 248 € une décote est applicable (calcul : 1470 – (impôt dû x 45,25%)
Au cas particulier, le poids fiscal supplémentaire est de 612 €.
Prenons l’exemple d’un retraité célibataire déclarant 38 400 € de revenu annuel (1 part), le coût supplémentaire sera de 1 152 €.
| Avec abattement 10% | Sans abattement | |
| Revenu déclaré | 38 400 | 38 400 |
| Abattement 10%(Plafonné à 4 399 € par foyer) | 3 840 | 0 |
| Net imposable | 34 560 | 38 400 |
| Calcul de l’impôt(Barème 2025) | 3 533€ | 4 685€ |
| Décote (1) | 0€ | 0€ |
| Impôt dû(Avant crédits d’impôt éventuels) | 3 533 € | 4 685 € |
- Pour bénéficier de la décote l’impôt brut d’un célibataire doit être inférieur à 1 964€
Plus les montants imposables seront élevés, plus l’impôt supplémentaire sera important en raison des effets de seuil au regard des tranches d’imposition.
Si votre taux marginal d’imposition, indiqué sur votre avis d’imposition, est de 30%, la suppression de l’abattement entraînera une augmentation d’impôt égale à 30 % de son montant initial (et ainsi de suite pour les tranches supérieurs).
Si votre taux marginal d’imposition (5) est de 11% l’impact sera au maximum de 11% de l’abattement, voire moins avec le jeu de la décote (cf. exemple ci-après)
| Avec abattement 10% | Sans abattement | |
| 1490 x12 et 1 part | ||
| Revenu déclaré | 17 880 | 17 880 |
| Abattement 10%(Plafonné à 4 399 € par foyer) | 1 788 | 0 |
| Net de charges | 16 092 | 17 880 |
| Abattement spécial (1) | 2796 | 0 |
| Imposable | 13 296 | 17 880 |
| Calcul de l’impôt(Barème 2025) | 198€ | 702€ |
| Décote (2) | 799 | 572 |
Impôt dû | 0 € | 130 € |
- Abattement pour les personnes de 65 ans et plus dont le revenu après déduction des charges n’excède pas 17 510 €
- 889 – (198 x 45,25%) = 799 / 889 – (702 x 45,25%) = 572
Mais rassurez-vous, comme nous le disent régulièrement nos politiques, notamment le ministre des Finances, il ne s’agit pas d’augmenter les impôts mais de diminuer les dépenses. Or, il se trouve justement que cet abattement de 10% dont bénéficient les retraités et les bénéficiaires de pensions ou rentes à titre gratuit est considéré techniquement comme une dépense fiscale ! Une merveille de langage technocratique.
Si vous cherchez quelques idées d’économies budgétaires, relisez un article publié récemment par notre cercle de réflexion : Effort exceptionnel ! de qui se moque-t-on ? ( vox-nostra.org )
1-On prête ce mot à la comtesse Jeanne du Barry, à l’instant de mettre sa tête sous le tranchant de la guillotine, le 8 décembre 1793.
2-Ratio recettes fiscales / PIB
3-Les impôts, taxes et cotisations sociales financent les retraites, les prestations sociales et les services publics, individualisables – comme l’éducation et la santé – ou collectifs, comme la défense ou la recherche. L’ensemble de ces transferts publics, prélevés sur ou perçus par les ménages, organisent une redistribution dite élargie.
4-Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques
5-Le taux qui s’applique à la tranche la plus élevée des revenus

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