Retraités : le « retraité bashing », une facilité politique qui ne résout rien

11 Juil 2026Economie, Politique0 commentaires

« J’assume de dire aux retraités qu’il faudra contribuer davantage au financement de notre système social », déclarait Édouard Philippe lors du lancement de sa campagne présidentielle le 5 juillet. 

Cette affirmation s’inscrit dans une tendance désormais récurrente : présenter les retraités comme la principale variable d’ajustement des finances publiques.

Pourtant, faire des retraités les principaux contributeurs au redressement budgétaire ne permettra pas de résoudre les difficultés structurelles de l’État. Cette stratégie présente surtout l’avantage politique de désigner un responsable facilement identifiable. Depuis plusieurs années, les retraités sont devenus les boucs émissaires de nombreux dysfonctionnements : déficit des retraites, explosion de la dette publique, difficultés d’accès au logement, voire conséquences du réchauffement climatique. La génération des « baby-boomers » est souvent décrite comme une génération privilégiée qui aurait profité de tous les avantages, laissant aux plus jeunes le poids des déséquilibres actuels.

Cette vision est pourtant caricaturale. Elle occulte la réalité du parcours de la majorité des retraités d’aujourd’hui. Ceux-ci ont connu des conditions de travail très différentes de celles des actifs actuels : des semaines de travail bien supérieures à 35 heures, l’absence de RTT, des carrières souvent plus longues, ainsi que des périodes de chômage particulièrement élevées à partir des années 1980. Ils ont également largement contribué, par leur travail et leurs cotisations, à l’amélioration du niveau de vie général de la France. Entre 1980 et 2017, celui-ci a progressé d’environ 50 %, résultat auquel cette génération a largement participé.

On entend également que les retraités seraient aujourd’hui plus riches que les actifs. Là encore, cette affirmation mérite d’être nuancée. Les statistiques de l’INSEE montrent qu’il convient de comparer des situations comparables. Il est naturel qu’une personne ayant effectué une carrière complète dispose, à l’âge de la retraite, d’un patrimoine plus important qu’un jeune actif qui débute dans la vie professionnelle. Ce patrimoine est généralement le fruit de plusieurs décennies de travail, d’épargne, d’investissements et de remboursements d’emprunts. Il ne constitue pas le signe d’un privilège, mais le résultat d’un cycle de vie économique classique.

Par ailleurs, les retraités contribuent déjà de manière significative aux finances publiques.

 Depuis plus de quarante ans, leur participation n’a cessé d’augmenter. La création de la CSG, de la CRDS et de la CASA représente aujourd’hui un prélèvement de l’ordre de 9 à 10 % sur les pensions. À cela s’ajoutent plusieurs mesures fiscales importantes, notamment la suppression de la demi-part supplémentaire pour les veufs et veuves ainsi que la fiscalisation de la majoration de pension accordée aux parents de trois enfants. Autrement dit, les retraités ont déjà été mis à contribution à de nombreuses reprises.

Ces efforts successifs ont-ils permis de rétablir durablement les comptes publics ? Force est de constater que non. Les déficits se sont accumulés malgré ces prélèvements supplémentaires. Il est donc difficile d’affirmer que de nouvelles mesures ciblant exclusivement les retraités permettraient de résoudre un problème dont les causes sont avant tout structurelles et tiennent à l’évolution des dépenses publiques, à la croissance économique et aux choix budgétaires successifs.

Les propositions régulièrement avancées — non-indexation des pensions sur l’inflation, suppression de l’abattement fiscal de 10 % pour le calcul de l’impôt sur le revenu ou encore alignement du taux de CSG sur celui des salariés — pourraient certes générer, selon les hypothèses retenues, un gain brut estimé entre 15 et 20 milliards d’euros. Mais cette estimation ne tient pas pleinement compte des effets indirects. Une diminution du pouvoir d’achat des retraités entraînerait mécaniquement une baisse de leur consommation, donc des recettes de TVA, ainsi qu’un ralentissement de l’activité dans de nombreux secteurs économiques où ils représentent une clientèle importante. Pour finir, le gain net pour les finances publiques serait sensiblement inférieur, probablement compris entre 13 et 17 milliards d’euros, soit un montant relativement limité au regard de dépenses publiques qui dépassent aujourd’hui 1 500 milliards d’euros.

Pour les personnes concernées, en revanche, les conséquences seraient bien réelles. Pour une pension nette mensuelle de 2 000 euros, l’application cumulée de ces différentes mesures représenterait une perte de pouvoir d’achat estimée entre 70 et 80 euros par mois, soit près de 900 euros par an. Pour de nombreux ménages retraités, cette diminution pèserait directement sur les dépenses du quotidien, alors même que beaucoup doivent déjà faire face à l’augmentation du coût de la vie, des dépenses de santé et de l’énergie.

Le débat sur le financement de notre modèle social est indispensable. Il mérite cependant de s’appuyer sur des constats objectifs et sur une réflexion globale plutôt que sur la désignation d’une catégorie de citoyens comme responsable de tous les déséquilibres. Opposer les générations ne constitue ni une politique économique ni une solution durable.

À l’approche de l’élection présidentielle, nous appelons donc l’ensemble des candidats à mesurer les conséquences économiques, sociales et humaines de propositions qui peuvent paraître séduisantes dans le débat public, mais dont les effets réels seraient limités pour les finances de l’État et lourds pour le pouvoir d’achat de millions de retraités.

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